Depuis le vendredi 11 septembre, des internautes et des observateurs marocains tirent la sonnette d'alarme sur la prolifération d'appels « suspects et trompeurs » à une « migration collective » vers Ceuta, l'enclave espagnole du nord du Maroc. Le choix du calendrier interpelle : ces mots d'ordre circulent à quelques jours des élections législatives, fixées au 23 septembre, une coïncidence que ces sources qualifient de « calendrier étudié et suspect » servant des « visées politiques étroites obtenues au prix du drame des migrants ».
Pour ces lanceurs d'alerte, rien dans cette agitation ne relève de la spontanéité. Ils y voient des « mots d'ordre obéissant à un calendrier millimétré », dépassant le cadre de simples publications passagères sur les réseaux sociaux, et identifient une « matière qu'exploitent les porte-voix du Polisario et son bailleur algérien ». D'autres évoquent une campagne organisée ciblant spécifiquement les jeunes, « sous des slogans séduisants qui dissimulent des calculs politiques évidents », conduite par des « agitateurs bien identifiés » appuyés par des réseaux clandestins.
Le nom du séparatiste Talab Ali Salem, présenté comme résidant en Espagne, revient dans la plupart de ces messages, associé à « certains saboteurs de l'intérieur ». Selon ces sources, l'objectif de ces meneurs n'est pas d'aider la jeunesse marocaine mais de la précipiter dans une aventure risquant de virer à la tragédie, avant d'exploiter les images d'affrontements et de victimes éventuelles comme matériel de propagande contre le Maroc. Un mouvement de foule à la frontière, une fois enclenché, reste par nature difficile à maîtriser.
La date du 23 septembre nourrit particulièrement les soupçons. Sa coïncidence avec le scrutin législatif révélerait, selon des commentateurs, une tentative d'exploiter la conjoncture politique pour provoquer des heurts frontaliers violents entre forces de l'ordre et candidats à l'exil, tout en cherchant à torpiller le partenariat stratégique et sécuritaire entre Rabat et Madrid. La manœuvre viserait en particulier la coopération bilatérale sur la migration irrégulière, la criminalité organisée et la traite des êtres humains, au risque de retarder la normalisation des relations entre les deux voisins.
Ce dossier s'inscrit dans une histoire déjà marquée par des épisodes de tension à cette même frontière, la crise migratoire de mai 2021 à Ceuta — survenue sur fond de crispation diplomatique entre Rabat et Madrid — ayant laissé une empreinte durable sur la perception, des deux côtés du détroit, de la porosité de cette frontière et de sa capacité à devenir un instrument de pression politique. C'est ce précédent qui rend la vigilance actuelle d'autant plus vive à l'approche d'une nouvelle échéance sensible.
La presse espagnole essuie de son côté des critiques sévères, accusée d'avoir relayé ces appels « sans enquête sur leurs arrière-plans » ni vérification des sources qui les portent. Des commentateurs marocains dénoncent un mécanisme où « une publication sur une plateforme sociale devient une information » et où « un récit non documenté est présenté au public comme un renseignement sécuritaire avéré », un relais qui, selon eux, ne sert ni la sécurité espagnole ni la sécurité marocaine.
Ces mêmes voix appellent les autorités espagnoles à ouvrir une enquête judiciaire urgente sur les instigateurs installés sur leur territoire, tout en reconnaissant que ces allégations nécessitent des investigations fiables pour établir la nature exacte des rôles et des responsabilités, plutôt que de s'en tenir à des accusations réciproques.
Au-delà de l'épisode lui-même, cette séquence illustre la manière dont la question migratoire à Ceuta reste instrumentalisée dans les rivalités régionales autour du dossier du Sahara marocain, chaque échéance électorale ou diplomatique pouvant devenir un point de fixation pour des acteurs cherchant à peser sur l'agenda bilatéral maroco-espagnol plutôt qu'à traiter les causes réelles de la migration.
Face à ce risque, les observateurs marocains plaident pour une mobilisation conjointe des familles, des établissements scolaires et des associations locales, afin d'ancrer l'esprit critique chez les jeunes et de leur offrir des canaux d'information fiables, plutôt que de les laisser exposés à des mots d'ordre dont les inspirateurs, selon eux, ne recherchent que la confrontation et l'image qu'elle produira.

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