Le sprint est désormais lancé pour le Ballon d'or, dont le lauréat sera dévoilé le 26 octobre prochain lors d'une cérémonie organisée à Londres, et les candidats multiplient les prises de parole pour défendre leurs chances. À l'image de Lamine Yamal, Kylian Mbappé enchaîne les sorties médiatiques ces derniers jours pour exposer ses arguments. Mardi, dans un entretien accordé à RFI, l'attaquant du Real Madrid a de nouveau insisté sur le caractère strictement individuel du trophée, alors même que sa saison s'est achevée sans titre majeur et que l'équipe de France a été éliminée en demi-finales du Mondial.

"Ils ne vont pas annoncer une équipe dans l'enveloppe. Ils vont annoncer un joueur. La capacité à être performant individuellement et à brûler la rétine, c'est ce qui marque les gens pour un trophée comme le Ballon d'or", a-t-il affirmé. Il s'est dit confiant sur ses chances : "J'ai été meilleur buteur de toutes les plus grandes compétitions et je pense que ça peut être une bonne année pour moi et je le sens bien."

Les chiffres avancés par l'attaquant français ne sont pas contestables sur le plan statistique. La saison dernière, il a terminé meilleur buteur du championnat d'Espagne avec 25 réalisations, meilleur artificier de la Ligue des champions avec 15 buts, et il est devenu cet été le meilleur buteur de l'histoire de la Coupe du monde avec 22 buts cumulés sur trois éditions du tournoi. Le tout sans toutefois remporter le moindre trophée majeur avec son club ou sa sélection sur cette période.

Le timing de cette interview a néanmoins suscité des interrogations, puisqu'elle a été diffusée 48 heures avant le derby madrilène face à l'Atlético. Sur la pelouse du Riyadh Air Metropolitano, le numéro 10 des Merengue a justement connu une après-midi compliquée, à l'image de l'ensemble de son équipe. "Il fait un match cataclysmique", a résumé Daniel Riolo dans l'After Foot, mardi sur RMC.

Pour l'éditorialiste, cette multiplication de sorties médiatiques autour du Ballon d'or confine à l'excès. "C'est son obsession du moment. Ce qu'il dit dans cette interview, c'est tellement de la démagogie. Il arrive avec les guirlandes, les cotillons. Tu le vois à 1000 kilomètres. On dirait une voiture volée", a-t-il lancé, jugeant la démarche disproportionnée par rapport à la réalité sportive du moment.

Daniel Riolo est allé plus loin en estimant que la situation devenait "gênante". "Il y a énormément d'exagération sur son compte, ce qu'il apporte ou pas à l'équipe. Je ne comprends rien à cette campagne. J'entends la finalité, mais je n'ai jamais considéré que la fin justifiait les moyens. Je ne vais pas dire que c'est un Ballon d'or au rabais mais la façon dont il est en train de construire ce succès, s'il y en a un, me donne un goût amer", a-t-il détaillé.

Au fil de ses différentes prises de parole, Kylian Mbappé s'est également positionné comme l'un des favoris naturels du scrutin, allant jusqu'à égratigner implicitement Ousmane Dembélé, sans jamais le nommer directement. Dans les colonnes de France Football le 11 septembre, il expliquait : "Certaines années, je considérais que j'étais le meilleur joueur du monde. Je ne voyais pas de joueur plus fort que moi. Après, quand Messi arrivait à la cérémonie et gagnait, je disais le meilleur joueur est sur l'estrade. Pas de problème. Quand Cristiano gagnait, je disais la même chose."

Il poursuivait, plus incisif sur d'autres profils : "Pour d'autres, je regardais et, même avec un Ballon d'or, je ne m'échange jamais avec lui. Dembélé ? Mais il a toujours été vu comme un joueur de talent. Moi, j'ai toujours été vu comme l'élu. J'ai tout de suite été au top, très tôt. Il a eu un parcours différent, les blessures, mais il s'est bien rattrapé."

Cette stratégie de communication n'est pas propre à Mbappé : la course au Ballon d'or s'accompagne traditionnellement d'un lobbying plus ou moins assumé, entre clubs, agents et joueurs eux-mêmes, à mesure que l'échéance d'octobre se rapproche. Mais le contraste entre l'insistance du discours et l'absence de résultats collectifs cette saison alimente un débat récurrent dans le football français : celui de la place que doit occuper la communication personnelle d'un joueur dans l'appréciation d'un trophée censé récompenser avant tout la performance sportive.

À moins d'un mois de la cérémonie de Londres, la question reste ouverte de savoir si cette omniprésence médiatique servira ou desservira la candidature de l'attaquant français, dans un scrutin où d'autres profils, à l'image de Lamine Yamal, mènent eux aussi une campagne active.

Kylian Mbappé Ballon d'or Real Madrid Daniel Riolo