Les prochaines élections législatives au Maroc s'annoncent comme un véritable test pour le système politique du Royaume, confronté à une jeunesse de plus en plus désenchantée. Près de 16 millions de Marocains sont inscrits sur les listes électorales pour élire les 395 députés de la Chambre des représentants, mais les 18-24 ans ne représentent qu'une infime part de ce corps électoral : à peine 4 % des inscrits. Ce chiffre, à lui seul, résume l'ampleur du défi auquel font face les partis politiques marocains à quelques semaines du scrutin.
Le chômage des jeunes et les inégalités sociales figurent parmi les principaux enjeux de cette campagne. Une partie de la jeunesse marocaine se détourne des urnes, convaincue que le vote ne change rien à son quotidien. Mais ce désengagement électoral ne signifie pas désintérêt pour la chose publique : à plusieurs reprises ces derniers mois, des jeunes Marocains ont été au cœur de mobilisations sociales d'ampleur, preuve que la défiance envers les partis ne se traduit pas par une indifférence envers l'avenir du pays.
Ces élections interviennent alors que le Maroc commémore le premier anniversaire des manifestations du mouvement dit de la « Génération Z ». À l'automne 2025, des milliers de jeunes étaient descendus dans la rue pour réclamer de meilleurs services de santé et d'éducation, un mouvement qui avait mis en lumière le fossé entre les attentes d'une génération connectée et les réponses apportées par les institutions. Un an plus tard, ce contexte pèse directement sur la manière dont la jeunesse aborde ce scrutin.
Le paradoxe est frappant : le Maroc affiche une croissance économique soutenue et poursuit de vastes projets d'infrastructures, notamment dans la perspective de la Coupe du monde 2030, organisée conjointement avec l'Espagne et le Portugal. Chantiers de transport, stades, modernisation urbaine — le Royaume investit massivement pour cette échéance internationale. Mais cette dynamique macroéconomique et cette vitrine sportive ne suffisent pas à masquer des difficultés sociales persistantes, qui restent au cœur des préoccupations d'une partie de la population.
Ce décalage entre ambitions internationales et réalités sociales s'est illustré de façon brutale en juillet dernier, lorsque des dizaines de milliers de personnes, principalement de jeunes Marocains, ont tenté de rejoindre l'enclave espagnole de Ceuta lors d'un important afflux migratoire. Cet épisode a rappelé, à quelques mois des législatives, à quel point une partie de la jeunesse cherche des perspectives ailleurs, faute d'y croire suffisamment sur place.
Face à ce constat, les partis politiques espèrent transformer ces frustrations accumulées en mobilisation électorale plutôt qu'en abstention. « Ces élections posent deux défis majeurs : restaurer la confiance des électeurs, en particulier chez les jeunes, dans la vie politique, et mettre en avant une élite politique intègre », estime le politologue Mohamed Chiker. Cette double exigence — confiance et intégrité — résume l'attente d'une partie de l'électorat marocain vis-à-vis de la classe politique.
Certains jeunes choisissent malgré tout de s'inscrire dans le jeu démocratique. C'est le cas de Haitham Arakchou, 28 ans, qui compte voter et appelle les Marocains à se rendre aux urnes, dans l'espoir que le prochain gouvernement « améliore la situation ». Sa démarche illustre la coexistence, au sein d'une même génération, entre désillusion profonde et volonté de peser malgré tout sur l'avenir du pays par les voies institutionnelles.
Au-delà du scrutin lui-même, c'est la capacité du système politique marocain à se renouveler qui est interrogée. La faible participation des jeunes aux processus électoraux n'est pas propre à ce seul rendez-vous : elle s'inscrit dans une tendance observée depuis plusieurs cycles électoraux, où l'abstention progresse en particulier chez les nouvelles générations, malgré les efforts de sensibilisation menés par les autorités et certaines formations politiques.
Ces législatives se dérouleront donc sous un double regard : celui, extérieur, porté sur un Maroc en pleine affirmation internationale à l'approche du Mondial 2030, et celui, intérieur, d'une jeunesse qui attend des actes concrets sur l'emploi, l'éducation et la santé avant de renouveler sa confiance dans les urnes. La manière dont les partis répondront à cette exigence pourrait durablement influencer le rapport des nouvelles générations marocaines à la vie démocratique du Royaume.

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