Bank Al-Maghrib (BAM) a décidé de maintenir son taux directeur inchangé à 2,25 %, à l'issue de sa troisième réunion trimestrielle de l'année 2026, tenue à Rabat. La banque centrale justifie ce statu quo par une incertitude économique persistante, une inflation jugée modérée à moyen terme, et un renforcement anticipé de l'activité non agricole. Cette décision confirme la stratégie prudente adoptée par l'institution depuis plusieurs trimestres face à un contexte international encore instable.
Entre janvier et août 2026, l'inflation moyenne au Maroc s'est limitée à 0,3 %, un niveau particulièrement bas. BAM table désormais sur une inflation de 0,7 % sur l'ensemble de l'année 2026, avant une remontée à 1,5 % en 2027. L'effet de la hausse des prix de l'énergie sur le pouvoir d'achat a été contenu grâce au soutien accordé aux transporteurs routiers et au maintien des prix inchangés du gaz butane et de l'électricité. L'inflation sous-jacente, qui exclut les produits volatils, devrait pour sa part passer de -0,2 % en 2026 à 2,2 % en 2027.
Cette annonce s'inscrit dans un ralentissement progressif de la croissance marocaine amorcé après les bons résultats de 2025. BAM prévoit en effet un repli du produit intérieur brut, de 4,9 % en 2025 à 4,4 % en 2026, puis à 2,9 % en 2027. Ce ralentissement traduit notamment la normalisation attendue de la production agricole après une année 2026 exceptionnelle.
La valeur ajoutée agricole devrait en effet connaître un rebond de 16 % cette année, porté par une récolte céréalière estimée à 93 millions de quintaux. Mais ce niveau est jugé difficilement reproductible : une baisse de 7,6 % est attendue en 2027, avec un retour de la production à un niveau moyen de 50 millions de quintaux. À l'inverse, la croissance hors agriculture, plus structurelle, devrait ralentir à 3,1 % en 2026 avant de se redresser à 4 % en 2027.
La facture énergétique du Royaume devrait quant à elle augmenter de 28,4 %, pour atteindre 138,1 milliards de dirhams en 2026, avant de refluer à 116 milliards de dirhams en 2027. Sur le plan des échanges extérieurs, les exportations automobiles marocaines devraient s'élever à 202,2 milliards de dirhams en 2027, tandis que celles des phosphates et dérivés atteindraient 122,6 milliards de dirhams la même année.
Les recettes de voyage, portées par le secteur touristique, pourraient atteindre 160 milliards de dirhams, et les transferts des Marocains résidant à l'étranger 136,3 milliards de dirhams en 2027. Ces flux constituent, avec les investissements directs étrangers, deux des principaux piliers de financement de l'économie marocaine, aux côtés du commerce extérieur.
Les investissements directs étrangers devraient représenter en moyenne 3,5 % du PIB par an sur la période. Les réserves officielles de change, elles, devraient s'élever à 502,8 milliards de dirhams à la fin de 2026, puis à 515,3 milliards de dirhams en 2027, un niveau équivalant à cinq mois et demi d'importations, un matelas de sécurité jugé confortable pour l'économie marocaine.
Le crédit bancaire au secteur non financier devrait accélérer, passant de 4,8 % en 2025 à 8,1 % en 2026, avant de ralentir à 6,1 % en 2027. Sur le plan des finances publiques, le déficit budgétaire, hors recettes des cessions d'actifs de l'État, est estimé à 3,4 % du PIB en 2026 et à 3,5 % en 2027.
Ce maintien du taux directeur illustre l'équilibre recherché par Bank Al-Maghrib entre soutien à une croissance hors agriculture encore fragile et vigilance face à une inflation appelée à remonter progressivement. En choisissant la stabilité plutôt qu'un ajustement, la banque centrale mise sur la capacité de l'économie marocaine à absorber le ralentissement attendu de la production agricole sans que cela ne se traduise par des tensions inflationnistes ou une dégradation excessive des comptes publics.

Chargement des commentaires...