Le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, doit rencontrer cette semaine à New York son homologue espagnol, José Manuel Albares, en marge de l'Assemblée générale des Nations unies. Il s'agira de leur premier face-à-face depuis la tentative d'entrée massive de migrants à Ceuta les 30 et 31 juillet. Au cœur des discussions : le retour vers le Maroc d'environ 10 000 personnes encore présentes dans l'enclave espagnole. Ce dossier migratoire s'impose comme l'un des principaux points de la relation bilatérale en cette rentrée diplomatique.
Ceuta, enclave espagnole sur la côte nord du Maroc, est depuis plusieurs années un point de crispation récurrent entre Rabat et Madrid, avec des épisodes marquants comme la crise migratoire de mai 2021, survenue après l'accueil en Espagne du chef du Front Polisario. Les tentatives d'entrée massive, souvent coordonnées via les réseaux sociaux, se sont répétées à intervalles irréguliers depuis, plaçant la coopération sécuritaire et migratoire entre les deux pays au centre de leurs échanges diplomatiques.
Albares a précisé aux journalistes que le rapatriement des migrants en situation irrégulière serait l'un des principaux sujets abordés avec Bourita. Le dossier concerne notamment environ 3 000 mineurs, dont quelque 2 100 sont actuellement pris en charge par les structures espagnoles, tandis que les autres vivent dans la rue à Ceuta. Cette situation, qui touche particulièrement les plus jeunes, ajoute une dimension humanitaire pressante aux discussions entre les deux ministres.
La rencontre survient alors que l'Espagne redoute une nouvelle tentative d'entrée massive à Ceuta le mercredi 23 septembre, date qui coïncide avec les élections législatives marocaines. Cette concomitance de calendrier, relevée par des sources diplomatiques, explique en partie l'urgence donnée à cette réunion de New York, un mois et demi seulement après les événements de fin juillet.
Selon les mêmes sources, les appels à un nouveau passage massif diffusés sur les réseaux sociaux n'ont pour l'instant pas rencontré le même écho que ceux de fin juillet. Madrid a néanmoins activé ses mécanismes de prévention et de lutte contre la désinformation, tout en informant les autorités marocaines de la situation — un signe de la coordination opérationnelle qui continue de se dérouler entre les deux pays malgré les tensions passées.
Albares a indiqué avoir demandé à Bourita de prendre les mesures nécessaires face à ce risque. Le chef de la diplomatie marocaine lui aurait assuré, en retour, que le Royaume adopterait les dispositions requises et poursuivrait sa coopération avec Madrid sur ce dossier, confirmant la continuité de l'engagement marocain dans la gestion des flux migratoires vers l'Espagne.
Sur la responsabilité des événements de fin juillet, Albares a tenu à clarifier la position du gouvernement de Pedro Sánchez : Madrid ne considère pas que le Maroc ait incité ou toléré la précédente tentative d'entrée massive. « Je ne suis pas l'avocat du Maroc, mais ce sont les faits », a-t-il déclaré, une formulation qui écarte explicitement toute mise en cause directe des autorités marocaines dans cet épisode.
Cette clarification n'est pas anodine dans le contexte plus large des relations entre Rabat et Madrid, où la question migratoire sert régulièrement de baromètre à l'état de la coopération bilatérale. En assumant sa part de responsabilité opérationnelle tout en écartant l'idée d'une instrumentalisation marocaine, l'Espagne confirme le rôle que joue le Royaume comme partenaire incontournable de gestion des frontières extérieures de l'Union européenne, un statut que Rabat a construit au fil des crises successives.
La tenue de cette rencontre à quelques jours des élections législatives marocaines illustre enfin la capacité du Maroc à mener de front agenda intérieur et diplomatie migratoire sensible, sans que l'un ne vienne perturber l'autre. Les prochains jours diront si la coordination annoncée entre Rabat et Madrid suffit à désamorcer le risque d'une nouvelle tentative d'entrée massive à Ceuta.

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