À Ceuta, les migrants marocains et originaires d'Afrique subsaharienne subissent depuis une vingtaine de jours des traques et des violences répétées de la part des autorités espagnoles, notamment militaires. C'est ce qu'a indiqué à Yabiladi Omar Naji, membre de la section de Nador de l'Association marocaine des droits humains (AMDH), qui documente ces abus par des photos publiées sur les réseaux sociaux de l'association. Cette situation s'est aggravée depuis le passage massif de migrants dans la ville les 30 et 31 juillet.

Selon le militant, les autorités espagnoles mènent une politique de pression continue, avec des poursuites dans les rues et une privation de nourriture et d'eau visant à pousser les demandeurs d'asile à repartir volontairement. Ces conditions sont aggravées par les fortes chaleurs qui touchent la région, tandis que l'aide humanitaire reste limitée aux initiatives de quelques associations locales.

Omar Naji indique que plus de 300 personnes, marocaines et subsahariennes, se trouvent actuellement sur une plage de Ceuta, empêchées de rejoindre le centre-ville ou les abords du Centre de séjour temporaire pour immigrés (CETI). Il dénonce une différence de traitement entre les groupes : les migrants subsahariens sont regroupés séparément des autres, un groupe étant laissé en plein soleil et l'autre dans une zone ombragée.

Parallèlement, l'AMDH s'inquiète du sort de 82 corps de Marocains morts en tentant de rejoindre Ceuta, que les autorités locales s'apprêteraient à inhumer en invoquant l'expiration du délai légal de conservation et la difficulté d'identifier la plupart des dépouilles. L'association juge qu'une inhumation avant la fin des procédures d'identification, sans permettre aux familles de récupérer leurs proches, constituerait une nouvelle catastrophe humanitaire.

L'AMDH a adressé une lettre urgente au ministre des Affaires étrangères, de la coopération africaine et des Marocains résidant à l'étranger, demandant une intervention immédiate pour suspendre toute inhumation, prolonger les délais d'identification et mobiliser les tests ADN en lien avec les familles des victimes. Elle appelle également à agir par voie diplomatique et consulaire pour garantir le rapatriement des dépouilles au Maroc. Des copies de cette lettre ont été envoyées au ministère de la Justice, au Conseil national des droits de l'Homme (CNDH) et à la Délégation interministérielle aux droits de l'Homme (DIDH).

Omar Naji regrette par ailleurs l'absence de coopération entre les autorités marocaines et espagnoles sur la question des victimes décédées, alors qu'il observe une coordination beaucoup plus poussée entre les deux pays concernant le retour des migrants vivants vers le Maroc. Mardi, l'Organisation marocaine des droits humains (OMDH) avait de son côté publié un rapport alertant sur les risques de vulnérabilité et de violence auxquels sont exposés les migrants entrés à Ceuta, mineurs compris.

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