Ceuta, enclave espagnole située sur la côte nord du Maroc, reste au cœur d'une crise migratoire majeure après l'entrée illégale d'au moins 72 000 personnes fin juillet, en provenance du territoire marocain. Vendredi, l'Association marocaine des droits humains (AMDH) a pris position sur cet épisode, renvoyant dos à dos les autorités de Rabat et de Madrid quant à leurs responsabilités respectives dans cette crise.

Pour l'ONG marocaine, la responsabilité de Rabat tient d'abord à l'absence de réponses apportées aux difficultés qui pèsent sur le quotidien d'une partie de la population marocaine : pouvoir d'achat, chômage, accès à l'éducation et au système de santé. Faute de perspectives, explique l'AMDH, de nombreux jeunes Marocains choisissent de quitter le pays en quête de meilleures conditions de vie, alimentant ainsi les départs vers l'enclave espagnole.

L'association reproche en parallèle à Madrid de n'aborder la question migratoire que sous un angle sécuritaire, sans traiter les causes structurelles qui poussent une partie de la jeunesse marocaine à tenter la traversée vers Ceuta. Cette double critique illustre la difficulté, pour les deux pays, à s'entendre sur une gestion partagée et durable de ce dossier sensible qui pèse sur les relations entre Rabat et Madrid.

Le bilan humain de cette crise reste par ailleurs disputé selon les sources. L'AMDH évoque 141 morts, un chiffre nettement supérieur à celui communiqué jeudi par les autorités espagnoles, qui font état de 80 décès. Rabat, de son côté, avait annoncé dès dimanche un bilan bien plus limité de 11 morts. Cet écart important entre les différents décomptes témoigne des difficultés à établir un bilan consolidé de cette tragédie humaine.

Sur le plan des chiffres migratoires, les autorités espagnoles indiquent que 70 000 des 72 000 personnes entrées illégalement à Ceuta fin juillet sont depuis retournées au Maroc. Des mineurs demeurent toutefois présents dans l'enclave, au moins un millier selon les mêmes autorités, une situation qui continue de poser question sur les conditions de leur prise en charge et sur les suites que Rabat et Madrid entendent y donner.

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