Sur le plateau d'Antena 3, le président du préside de Ceuta, Juan Jesús Vivas, a livré un discours offensif contre le gouvernement central de Pedro Sánchez, qu'il accuse de laxisme face à la question migratoire. Mais c'est surtout sa description du Maroc comme « partenaire non fiable », assortie du vocabulaire martial d'« invasion » et d'« attaque hybride », qui a retenu l'attention de la presse marocaine. Le quotidien Al Ahdath Al Maghribia, relayé mercredi par le360, a décortiqué ces déclarations et y a trouvé davantage de contradictions que d'arguments.

La faille centrale du raisonnement de Vivas tient en une phrase : il réclame que l'Espagne et l'Union européenne assurent seules, sans le Maroc, le contrôle total des lignes de séparation entre Fnideq et Ceuta, tout en s'inquiétant dans le même souffle d'un afflux massif de migrants si la pression venait à se relâcher sur ces mêmes lignes. Une position intenable, selon Al Ahdath Al Maghribia, qui révèle en creux ce que certains responsables espagnols peinent à admettre publiquement : la sécurité de l'enclave dépend structurellement de la coopération marocaine, pas d'un hypothétique dispositif européen autonome.

Pour le quotidien marocain, cette contradiction confirme surtout un fait empirique difficilement contestable : le Maroc n'est pas un simple partenaire parmi d'autres, mais le véritable garant de la sécurité aux frontières sud de l'Europe, celui qui supplée aux insuffisances chroniques du dispositif européen. Si l'Espagne parvient à contenir les flux migratoires, souligne le journal, c'est grâce à l'effort constant déployé par Rabat sur son propre territoire ; sans ce partenariat, le système sécuritaire espagnol serait à la merci du moindre relâchement.

L'usage du mot « invasion » par Vivas relève, selon Al Ahdath Al Maghribia, d'un registre populiste qui réduit une crise humanitaire et sociale complexe à un scénario de confrontation binaire. Quant à l'accusation d'« attaque hybride » visant Rabat, elle est lue comme une fuite en avant rhétorique, plus destinée à un public intérieur qu'à décrire une réalité diplomatique vérifiable.

Ce type de tensions autour de Ceuta n'est pas nouveau. La crise de mai 2021, déclenchée après l'accueil par Madrid du chef du Front Polisario Brahim Ghali pour raisons médicales, avait déjà vu un relâchement des contrôles marocains se traduire par l'arrivée de plusieurs milliers de migrants sur les plages de Ceuta en quelques jours. Cet épisode avait brutalement rappelé à Madrid le rôle pivot joué par Rabat dans la gestion des flux migratoires vers l'Europe. La relation bilatérale s'était ensuite redressée à partir de 2022, lorsque le gouvernement Sánchez avait reconnu le plan d'autonomie marocain comme base la plus sérieuse et crédible pour le règlement du dossier du Sahara marocain, ouvrant la voie à une coopération renforcée, notamment sur le contrôle des frontières.

Les attaques de Vivas contre son propre gouvernement, qu'il qualifie d'« irresponsable » et de « démissionnaire », s'inscrivent dans un contexte de luttes politiques internes entre le Parti populaire, dont il est issu, et le Parti socialiste au pouvoir à Madrid. Al Ahdath Al Maghribia y voit une illustration supplémentaire de la manière dont la scène politique espagnole instrumentalise le dossier marocain à des fins de politique intérieure, transformant une relation stratégique bilatérale en argument de joute électorale locale.

Le journal relève d'ailleurs un aveu involontaire dans le propos de Vivas : en reprochant au gouvernement Sánchez sa « peur face aux provocations du Maroc », l'élu de Ceuta reconnaît implicitement le poids et l'influence réels du Royaume dans l'équation sécuritaire régionale. Une reconnaissance en creux qui contredit directement le qualificatif de « partenaire non fiable » employé quelques instants plus tôt sur le même plateau.

Au-delà de la polémique ponctuelle, cet épisode illustre une dynamique plus large : la stabilité du sud de la Méditerranée repose sur le respect mutuel entre partenaires souverains et sur une approche fondée sur des engagements institutionnels durables, pas sur des saillies médiatiques improvisées. Pour Al Ahdath Al Maghribia, les sorties de responsables locaux espagnols comme Vivas, aussi bruyantes soient-elles, ne pèsent pas face à l'architecture de coopération sécuritaire et migratoire patiemment construite entre Rabat et Madrid depuis plusieurs années.

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