«Ceuta n'est pas l'Espagne, Ceuta n'est pas l'Europe.» La phrase, prononcée ce mardi 15 septembre au Parlement européen par l'eurodéputée italienne Ilaria Salis, a relancé un débat que Rabat entretient de longue date : celui du statut de Ceuta et Melilla, ces deux villes du nord du Maroc toujours administrées par l'Espagne. La déclaration est intervenue lors d'une session consacrée à la crise migratoire dans l'enclave de Ceuta.
Membre du groupe de La Gauche, Ilaria Salis a justifié sa position en rappelant que Ceuta se situe géographiquement en Afrique et constitue, selon ses mots, «un vestige du colonialisme européen». Elle a également accusé les partis de droite et d'extrême droite d'instrumentaliser la crise migratoire dans l'enclave à des fins de «propagande raciste et nationaliste», sans que sa charge ne s'arrête toutefois à ce seul volet migratoire.
Ces propos ont trouvé un écho immédiat chez une autre parlementaire. La Suédoise Abir Al-Sahlani, membre du groupe centriste Renew Europe, a elle aussi mis en cause la place de Ceuta dans l'espace européen, interpellant l'hémicycle en ces termes : «Savez-vous seulement où se situe géographiquement Ceuta ? Et quelle est la différence entre être en Europe et faire partie de l'Union européenne ?»
La presse espagnole a réagi vivement à ces interventions, qu'elle interprète comme une remise en cause du soutien traditionnel du Parlement européen à la position de Madrid sur Ceuta et Melilla. Leur portée est d'autant plus commentée en Espagne que ces déclarations émanent d'élues appartenant à des groupes qui ne sont pas classés parmi les forces eurosceptiques, souvent présentées dans les médias espagnols comme proches du Maroc.
Le détail des appartenances politiques des deux eurodéputées ajoute à la portée symbolique de l'épisode. Ilaria Salis siège au sein du groupe de La Gauche, auquel appartient notamment Sumar, la coalition espagnole de gauche radicale actuellement au gouvernement à Madrid. Abir Al-Sahlani, elle, est membre de Renew Europe, un groupe libéral et centriste qui compte aussi dans ses rangs des eurodéputés du Parti nationaliste basque (PNV).
Ces prises de position s'inscrivent dans la continuité d'un précédent venu des États-Unis. À la mi-juillet, la commission des crédits de la Chambre des représentants américaine avait qualifié Ceuta et Melilla de territoires situés au Maroc, dans un rapport accompagnant le projet de loi de finances 2027 pour la sécurité nationale, le département d'État et les programmes connexes.
Ce rapport, référencé 119-631, avait été adopté par la Chambre des représentants le 15 juillet par 217 voix contre 209. La commission, présidée par le républicain Mario Diaz-Balart — un élu proche du secrétaire d'État Marco Rubio —, y rappelait que ces deux villes font toujours l'objet d'une revendication persistante de la part du Maroc, et soutenait par ailleurs les efforts du département d'État américain pour promouvoir le dialogue diplomatique entre Rabat et Madrid sur leur futur statut.
La convergence de ces prises de position, côté américain comme au sein même du Parlement européen, illustre une évolution notable du débat international sur Ceuta et Melilla. Longtemps cantonnée aux revendications historiques marocaines et aux critiques de mouvements jugés marginaux, la contestation de la souveraineté espagnole trouve désormais un relais chez des élus institutionnels, issus de familles politiques variées et parfois alliées de gouvernements européens en exercice.
Pour Rabat, qui revendique de longue date le retour de ces deux villes sous souveraineté marocaine, ces déclarations successives constituent un indicateur supplémentaire d'une question qui ne s'éteint pas avec le temps, quand bien même l'Espagne continue d'exercer une administration pleine et entière sur les deux enclaves. Ces épisodes, venus de part et d'autre de l'Atlantique en l'espace de deux mois, replacent Ceuta et Melilla au centre du débat diplomatique européen et transatlantique.

Chargement des commentaires...