Deux semaines après l'entrée illégale d'environ 72 000 migrants, en grande majorité marocains, dans l'enclave espagnole de Ceuta, un nouvel appel à traverser la frontière circule sur les réseaux sociaux pour la journée du 15 août. Cette fois, les autorités marocaines ne laissent rien au hasard : la ville frontalière de Fnideq, dans le nord du pays, est quadrillée par un dispositif sécuritaire impressionnant, et le ministère de l'Intérieur assure que toutes les mesures nécessaires sont prises pour éviter de nouveaux passages illégaux.
Sur la route menant au poste-frontière du Tarajal, qui relie Fnideq à Ceuta, au moins cinq camions de police et un blindé sont désormais positionnés en permanence. Des hommes en uniforme sont postés tous les cinquante mètres sur les hauteurs surplombant cet axe, sous des parasols installés pour tenir la faction durant de longues heures. Des barrages filtrants ont également été mis en place dès la ville de Tanger, contrôlant en priorité les autocars et les grands taxis à la recherche des candidats au départ, que l'on surnomme localement les « harragas ».
Entre Tanger et Fnideq, notamment dans la forêt de Belyounech, les véhicules de la gendarmerie royale, de la police et des forces auxiliaires marocaines se comptent par dizaines, aux côtés d'agents en civil. Ce dispositif tranche avec la situation d'il y a quinze jours, lorsque le Maroc avait été critiqué, en particulier par une partie de la presse espagnole, pour sa passivité face aux mouvements massifs vers l'enclave. À Fnideq même, l'activité touristique estivale se poursuit normalement, mais les habitants notent un changement net : « Ça a vraiment changé », témoigne un vacancier habitué des lieux, qui n'avait jamais vu un tel niveau de présence policière.
Le drame reste toutefois très présent dans les esprits. Un enseignant de la ville raconte avoir vu un corps rejeté par la mer s'échouer sur la plage, un souvenir qui le bouleverse encore. Une mère de famille évoque le départ de son fils vers Ceuta sans qu'elle en soit prévenue, y voyant le signe d'une jeunesse à qui l'on a longtemps promis un avenir qui tarde à se concrétiser localement. Un adolescent maroco-espagnol de 17 ans décrit de son côté un quartier vidé de ses habitués, treize de ses amis se trouvant toujours à Ceuta deux semaines après leur départ.
Si une présence policière renforcée n'est pas totalement inédite dans cette région frontalière du Maroc en période estivale, son ampleur actuelle l'est. Compte tenu du quadrillage mis en place à Fnideq comme sur les axes menant à la ville, un nouveau franchissement collectif de la frontière avec Ceuta paraît, dans l'immédiat, difficilement envisageable, malgré les appels relayés sur les réseaux sociaux pour la journée du 15 août.

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