Devant la commission mixte de sécurité nationale du Congrès des députés, jeudi, le ministre espagnol de la Présidence, de la Justice et des Relations avec les Cortes, Félix Bolaños, a catégoriquement écarté toute preuve suggérant que le Maroc aurait facilité ou incité l'entrée massive de migrants à Ceuta le 30 juillet. Il a reproché au Parti populaire et à Vox de propager des « affirmations et soupçons » nuisibles à l'égard d'un pays voisin avec lequel il est essentiel de maintenir la coopération.
Le ministre a dû faire face aux critiques croissantes de l'opposition, mais aussi de certains alliés du gouvernement, sur le silence de Madrid concernant un éventuel rôle de Rabat dans ces événements. Cuca Gamarra, députée du Parti populaire, a accusé l'exécutif d'éviter de contrarier le Maroc, allant jusqu'à demander publiquement ce que le gouvernement espagnol « doit » à Rabat.
Plus offensive encore, la porte-parole de Vox, Pepa Millán, a affirmé que l'exécutif espagnol serait « otage du chantage » marocain, accusant le Maroc d'utiliser la question migratoire comme un instrument de « guerre hybride ». Bolaños a fermement rétorqué que ces accusations ne reposaient sur aucune preuve, appelant les deux partis à respecter les « règles élémentaires de la diplomatie » vis-à-vis d'un partenaire stratégique.
Des représentants de Sumar, de Compromís et d'EH Bildu ont eux aussi interpellé le gouvernement, réclamant des explications sur l'assouplissement des contrôles frontaliers marocains peu avant la vague de passages. Le Parti nationaliste basque s'est interrogé sur les raisons pour lesquelles les autorités marocaines auraient réduit leur surveillance dans les heures précédant les faits, et sur le refus actuel de rapatrier les corps des victimes.
Bolaños a par ailleurs rappelé que Ceuta et Melilla sont des villes espagnoles, précisant qu'il n'avait pas abordé leur statut lors de ses échanges avec le ministre marocain de la Justice. Il a également mis en garde contre les discours qualifiant ces événements d'« invasion », des formulations qu'il juge de nature à alimenter la xénophobie.
Cet épisode illustre la sensibilité persistante des relations migratoires entre Madrid et Rabat : alors que l'opposition espagnole multiplie les accusations contre le Maroc, le gouvernement lui-même reconnaît l'absence de preuves tangibles, sur fond d'une coopération sécuritaire jugée indispensable par l'exécutif.

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