Le gouvernement espagnol a formellement écarté toute implication du Maroc dans l'entrée massive de 70 000 migrants à Ceuta les 30 et 31 juillet, une clarification apportée jeudi 27 août devant la commission mixte de sécurité nationale du Parlement à Madrid. Le ministre de la présidence, Félix Bolaños, a été catégorique : « il n'existe aucune preuve que le Maroc ait dirigé ou encouragé » cet afflux, selon des propos rapportés par l'agence EFE. Une mise au point qui intervient alors que la droite et l'extrême droite espagnoles multiplient depuis plusieurs semaines les accusations contre Rabat.

Face aux parlementaires du Parti populaire et de Vox, Bolaños s'est montré offensif, leur reprochant de colporter des « intox et des soupçons » contre un pays avec lequel Madrid doit coopérer, et leur suggérant un « cours de diplomatie élémentaire ». Selon le gouvernement, l'origine de la crise se trouve ailleurs : deux rumeurs nées de la déformation d'un arrêt du Tribunal suprême sur les refoulements à chaud, largement relayées sur les réseaux sociaux, auraient laissé croire à tort que la frontière était ouverte et que toute personne entrant à la nage ne pourrait être renvoyée.

Le ministère reconnaît en revanche ne pas avoir disposé « d'information préalable ni précise » sur l'ampleur de l'entrée, qualifiée de fait « indiscutablement grave », un aveu qui a nourri des échanges tendus avec des parlementaires soulignant une contradiction entre le ministère de la défense, qui évoque une alerte du renseignement dès le 29 juillet, et celui de l'intérieur, qui la dément.

Sur le terrain diplomatique, Madrid met en avant la collaboration effective de Rabat pour organiser le retour des personnes entrées irrégulièrement : près de 90 % d'entre elles ont déjà regagné le Maroc en quelques heures, un résultat que le gouvernement attribue à un travail diplomatique engagé de longue date entre les deux pays. Le ministère a par ailleurs assuré que l'avenir de Ceuta et Melilla n'avait « jamais » figuré dans les échanges avec les autorités marocaines, rejetant les accusations de la droite selon lesquelles l'exécutif céderait à un « chantage » de Rabat.

Cette séquence parlementaire illustre la sensibilité persistante du dossier migratoire dans les relations entre Madrid et Rabat, où le Maroc reste, aux yeux du gouvernement espagnol lui-même, un partenaire de gestion plutôt qu'un facteur aggravant de la crise. Le dossier se double d'un volet intérieur espagnol, avec un transfert de 25 millions d'euros voté le même jour pour la prise en charge des mineurs migrants à Ceuta, boycotté par trois régions dirigées par Vox.

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