Le ministre espagnol de l'Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, a affirmé lundi 7 septembre qu'aucun rapport transmis à la justice ne permettait, à ce stade, d'identifier un « auteur intellectuel » de la crise migratoire de Ceuta, marquée fin juillet par l'arrivée de plus de 72 000 personnes dans l'enclave espagnole au nord du Maroc. Il a dans le même temps réaffirmé sa confiance dans la coopération avec Rabat, qu'il a qualifiée d'« excellente dans tous les domaines ». Ces déclarations interviennent alors que l'ampleur inédite de cette crise continue d'alimenter les spéculations sur une éventuelle instrumentalisation politique de la frontière, sans qu'aucune preuve n'ait pour l'instant été versée au dossier judiciaire.

Les pièces versées à la procédure ne sont pourtant pas totalement silencieuses sur les autorités marocaines. Un rapport du Centre national du renseignement et des frontières (Cenif) de la police nationale espagnole évoque la participation de gendarmes marocains lors des événements, tandis que la garde civile a estimé que les alertes reçues avant le 30 juillet ne permettaient pas d'anticiper l'ampleur des arrivées. Grande-Marlaska a toutefois soutenu qu'aucun de ces éléments n'établissait une intervention du Maroc, d'un autre État ou d'un individu déterminé dans la conception de la crise, appelant à resituer chaque pièce dans son contexte propre.

Le ministre a demandé que l'instruction judiciaire et l'examen policier se poursuivent sur la base de l'ensemble des images et des données disponibles, certains éléments pouvant, selon lui, recevoir des interprétations différentes selon l'angle retenu. L'enquête est actuellement traitée par l'Audience nationale espagnole, qui est destinataire des rapports de la police et de la garde civile. Aucune conclusion officielle n'a pour l'instant été rendue publique quant à l'origine exacte de l'afflux massif.

Grande-Marlaska a par ailleurs rejeté avec fermeté l'accusation selon laquelle le général Luis Peláez, responsable du renseignement de la garde civile, aurait ordonné la suppression de toute référence au Maroc dans un rapport destiné à la juge de l'Audience nationale María Tardón. Interrogé sur cette hypothèse, il l'a qualifiée d'« invention » et de « fausseté », prenant publiquement la défense du haut gradé ainsi que de l'institution qu'il représente.

La controverse a également pris une tournure partisane après les déclarations du président du Parti populaire, Alberto Núñez Feijóo, qui avait affirmé que le président de Ceuta, Juan Jesús Vivas, avait fait échouer un projet prévoyant une éventuelle concession du gouvernement espagnol au Maroc. Grande-Marlaska a récusé cette lecture des faits et reproché au dirigeant conservateur de ne pas contribuer au règlement de la crise, estimant que l'Espagne avait besoin de « responsables politiques sérieux » plutôt que de polémiques.

Pour étayer son appréciation positive de la coopération marocaine, le ministre a rappelé que 90 % des personnes entrées à Ceuta fin juillet avaient regagné le Maroc dans les vingt-quatre heures suivant leur arrivée, et que plus de 4 200 autres avaient été reconduites depuis le 10 août. Il a ajouté que les autorités marocaines continuaient d'accepter « tous » les ressortissants se présentant volontairement à la frontière pour rentrer sur le territoire national, un rythme de retours qu'il présente comme la preuve concrète d'un partenariat fonctionnel entre les deux pays.

Cette crise n'est pas la première à mettre sous tension la frontière entre le Maroc et les enclaves espagnoles du nord du pays. En mai 2021 déjà, plusieurs milliers de personnes avaient franchi en quelques heures la frontière de Ceuta, dans un climat de vive tension diplomatique entre Rabat et Madrid. Depuis, la coopération migratoire entre les deux royaumes s'est généralement reconstruite sur la base d'accords bilatéraux de contrôle des frontières, ponctuée de pics de tension à chaque fois que le dialogue politique entre les deux capitales se grippe. La crise de fin juillet 2026, par son ampleur, a ravivé ces questionnements sur la solidité de ce partenariat sécuritaire.

Au-delà de la polémique judiciaire et politique espagnole, les propos de Grande-Marlaska pèsent directement sur l'image internationale du Maroc dans ce dossier. En écartant toute preuve d'une orchestration étatique et en mettant en avant des taux de retour élevés, le ministre conforte la position répétée de Rabat selon laquelle la crise a résulté d'un afflux incontrôlé plutôt que d'une manœuvre diplomatique délibérée. Cette lecture, si elle se confirme au fil de l'enquête, permettrait au Maroc de sortir de cet épisode sans dommage durable pour sa relation stratégique avec l'Espagne, à un moment où les deux pays multiplient les chantiers communs, du dossier du Sahara à la préparation du Mondial 2030.

Le sort des personnes toujours présentes à Ceuta reste, lui, suspendu à l'examen individuel de leur situation au regard du droit espagnol en matière de séjour et de protection internationale. Grande-Marlaska a assuré que celles ne remplissant pas les conditions ouvrant droit à une protection seraient reconduites « dans les plus brefs délais ». L'issue de l'enquête judiciaire déterminera si la version défendue par le ministre — celle d'une crise sans instigateur identifié — résiste à un examen plus approfondi des pièces du dossier.

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