Le ministre espagnol de l'Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, se rend ce mardi à Ceuta pour la troisième fois depuis les traversées massives de la fin juillet, alors que la pression politique et judiciaire s'intensifie pour éclaircir les circonstances de l'entrée d'environ 80 000 personnes dans la ville enclavée les 30 et 31 juillet. Cette nouvelle visite illustre la sensibilité persistante du dossier pour le gouvernement espagnol, deux mois après les faits.
La visite intervient au lendemain de déclarations dans lesquelles Marlaska a affirmé qu'il n'existait « aucune preuve objective » établissant la responsabilité du Maroc, ni d'aucun autre pays, dans la planification de cette crise migratoire. Le ministre a précisé n'avoir reçu, de la part des responsables de son propre ministère, aucune information faisant état d'une implication des forces de sécurité marocaines dans l'organisation des passages.
Ces propos exculpatoires contrastent toutefois avec la décision de l'Audience nationale espagnole, qui a annoncé l'ouverture d'une enquête sur les événements après avoir relevé des indices d'une « possible implication d'éléments marocains » durant la crise. Cette divergence entre la position politique défendue par le ministère de l'Intérieur et les doutes exprimés par la justice place le gouvernement espagnol dans une position délicate, entre volonté de préserver la coopération bilatérale et obligation de faire toute la lumière sur les faits.
Pour resituer le dossier, ce type d'épisode n'est pas inédit dans les relations migratoires entre les deux rives du détroit de Gibraltar : Ceuta avait déjà connu, en mai 2021, un afflux massif et soudain de migrants, dans un contexte de tensions diplomatiques entre Rabat et Madrid. La gestion des flux migratoires reste depuis un baromètre récurrent, et parfois instrumentalisé, de l'état des relations entre le Maroc et l'Espagne, deux pays par ailleurs engagés depuis 2022 dans une coopération sécuritaire et migratoire présentée par les deux gouvernements comme approfondie.
Le programme de la visite de Marlaska prévoit un passage par le centre d'accueil temporaire pour étrangers situé dans la zone industrielle du Tarajal, puis par le poste-frontière du même secteur, avant une conférence de presse au siège de la Délégation du gouvernement espagnol à Ceuta. Cette séquence reprend un format déjà suivi lors de ses précédents déplacements sur place.
Le déplacement coïncide par ailleurs avec les préparatifs du gouvernement espagnol en vue de la déclassification de rapports reçus entre le 1er juillet et le 1er août sur la situation migratoire à Ceuta. Ces documents, qui doivent inclure des notes des services de renseignement, de la police, de la Garde civile et du renseignement militaire, sont attendus comme un élément déterminant pour trancher, ou au contraire prolonger, la controverse sur l'origine de la crise.
Sur le terrain de la coopération bilatérale, Marlaska a défendu lundi une relation avec le Maroc qu'il a qualifiée d'« excellente », rappelant qu'environ 90 % des personnes entrées à Ceuta fin juillet avaient été reconduites au Maroc dans les vingt-quatre premières heures. Il a précisé que plus de 4 200 retours volontaires avaient été enregistrés depuis le 10 août, et que les personnes ne pouvant prétendre à une protection internationale seraient renvoyées « dans les plus brefs délais ».
Ces chiffres, mis en avant par le ministère espagnol lui-même, tendent à documenter une gestion opérationnelle efficace de la crise par les autorités marocaines une fois les passages constatés, indépendamment de la question, distincte, de leur éventuelle origine. C'est précisément cette distinction entre gestion post-crise saluée et responsabilité initiale contestée qui structure aujourd'hui le débat politique espagnol, l'opposition cherchant à exploiter l'ouverture de l'enquête judiciaire pour mettre en cause la gestion du dossier par l'exécutif de Pedro Sánchez, sans que cela n'entame, pour l'heure, le discours officiel de Madrid sur la fiabilité de son partenaire marocain.
Dans l'attente des conclusions de l'Audience nationale et de la déclassification annoncée des rapports de renseignement, la position officielle espagnole reste donc celle énoncée par Marlaska : aucun élément tangible ne permet à ce stade d'établir une responsabilité marocaine dans le déclenchement de la crise de fin juillet à Ceuta.

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