Le chef de la diplomatie marocaine a démenti jeudi toute responsabilité du Royaume dans la crise migratoire qui a vu plus de 70 000 personnes affluer vers Ceuta fin juillet. Il n'existe, selon lui, « aucun fait ni rapport prouvant une quelconque implication des autorités marocaines » dans cet épisode, l'un des plus importants mouvements migratoires enregistrés ces dernières années dans l'enclave espagnole du nord de l'Afrique.
Cette prise de position intervient après la publication, début septembre, d'un rapport de la police espagnole pointant une forme d'inertie des autorités marocaines lors de cette traversée qualifiée de meurtrière par plusieurs médias locaux. Le document, dont les conclusions ont été largement reprises en Espagne, met en cause la gestion du littoral proche de Ceuta au moment des faits.
À Ceuta même, des responsables du Parti populaire (PP) sont allés plus loin, estimant que le Maroc aurait, par action ou par omission, favorisé cet afflux massif de migrants vers l'enclave. Une accusation que Rabat rejette catégoriquement, en l'absence, selon le Royaume, de toute preuve tangible venant l'étayer.
Le gouvernement espagnol, lui, n'a jamais suivi cette ligne. Le chef de l'exécutif, Pedro Sánchez, a systématiquement refusé de faire porter la responsabilité de la crise sur le Maroc, invoquant précisément l'absence de « preuve solide » pour justifier une telle accusation. Cette position, maintenue depuis les faits de fin juillet, tranche avec le ton plus offensif adopté par certains élus locaux et une partie de l'opposition espagnole.
Les épisodes de tension migratoire autour de Ceuta ne sont pas nouveaux. En mai 2021 déjà, plus de 8 000 personnes avaient franchi la frontière en quelques jours, dans un contexte de crise diplomatique ouverte entre Rabat et Madrid après l'admission en Espagne, pour raisons médicales, du chef du Polisario. Cette crise avait fortement dégradé les relations bilatérales avant une normalisation progressive, marquée notamment par le soutien affiché par Madrid, en mars 2022, au plan d'autonomie marocain comme base de règlement pour le Sahara marocain. Depuis, le Maroc s'est présenté comme un partenaire migratoire fiable pour l'Espagne et l'Union européenne, en contrôlant plus strictement les départs depuis ses côtes.
C'est précisément cette image de partenaire fiable que la publication du rapport de la police espagnole vient fragiliser, dans un contexte où la coopération migratoire entre les deux pays reste un pilier central de leur relation bilatérale. Pour Rabat, laisser s'installer le récit d'une inertie volontaire reviendrait à fragiliser des années de coopération sécuritaire construites depuis la réconciliation de 2022 — d'où l'empressement du Royaume à répondre publiquement et fermement à ces accusations plutôt que de laisser le doute s'installer.
Le maintien de la position officielle espagnole, portée par Pedro Sánchez, constitue à ce stade un soutien de fait à la version marocaine, même si Madrid se garde de trancher définitivement sur les causes exactes de l'afflux migratoire de fin juillet. Cette prudence gouvernementale contraste avec le climat plus tendu observé au niveau local, à Ceuta, où les tensions politiques internes espagnoles semblent peser autant que les faits eux-mêmes dans la lecture de la crise.
Aucune nouvelle échéance n'a pour l'instant été annoncée concernant une éventuelle réponse conjointe des deux gouvernements sur ce dossier. La diplomatie marocaine devrait néanmoins continuer à défendre sa version des faits dans les prochains jours, alors que le dossier migratoire reste, avec celui du Sahara marocain, l'un des axes les plus sensibles de la relation entre Rabat et Madrid.

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