Le Maroc et l'Espagne ont procédé, de part et d'autre de la frontière de Ceuta, à l'arrestation de deux hommes soupçonnés d'appartenir à la mouvance de l'organisation État islamique, a révélé samedi 22 août le quotidien espagnol La Razón. Le premier a été interpellé par la police nationale espagnole à Ceuta, le second par la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST) marocaine, dans le cadre de la coopération antiterroriste entre Rabat et Madrid. L'opération intervient trois semaines après le franchissement migratoire massif de la frontière de Ceuta, survenu le 30 juillet.

Selon des sources antiterroristes citées par le journal madrilène, les deux suspects, dont l'identité n'a pas été rendue publique, demeuraient actifs au moment de leur interpellation et auraient représenté un danger s'ils étaient parvenus à s'installer durablement. Le second figurerait parmi les migrants revenus volontairement au Maroc après la traversée du 30 juillet. D'autres individus déjà condamnés et expulsés par le passé, ayant purgé leur peine, ont également été repérés dans l'enclave, des mécanismes d'alerte ayant été enclenchés dès les premières heures de la crise.

Ce jour-là, environ 60 000 personnes étaient entrées dans la ville autonome, dont près de 53 300 étaient reparties vers le Maroc selon les données officielles espagnoles ; plusieurs milliers d'entrants n'avaient toutefois pas encore été reconduits début août. Dès le 4 août, la direction du renseignement de la garde civile avait indiqué avoir identifié, parmi les entrants, des profils déjà surveillés par les services marocains pour leurs liens présumés avec l'extrémisme islamiste, grâce au dispositif de caméras installé le long de la clôture et à l'examen des réseaux sociaux.

Le Commissariat général à l'information de la police nationale espagnole avait de son côté recensé au moins une dizaine de personnes poursuivies pour terrorisme, arrêtées, condamnées puis expulsées vers le Maroc au cours des années précédentes. Un rapport du ministère de l'Intérieur publié en 2022 relevait que 8 % des 191 islamistes radicaux arrêtés entre 2018 et 2022 se trouvaient en situation irrégulière, et qu'au moins quinze d'entre eux avaient eu recours à des réseaux de passeurs pour entrer sur le territoire espagnol.

La coopération avec le service marocain constitue « un pilier fondamental » de la stratégie antiterroriste espagnole, avait affirmé en mars le ministère espagnol de l'Intérieur, qui décomptait 31 opérations menées conjointement et 150 personnes interpellées pour des faits de terrorisme djihadiste depuis 2014. En novembre 2024, une opération simultanée avait déjà conduit à neuf arrestations à Tétouan, Fnideq, Madrid, Ibiza et Ceuta, contre une structure rattachée à la branche sahélienne de l'État islamique, soupçonnée de préparer un attentat en Espagne.

Ces nouvelles interpellations confirment l'intensité du travail de renseignement partagé entre Rabat et Madrid, alors que les autorités des deux pays continuent d'évaluer les conséquences sécuritaires de l'afflux migratoire du 30 juillet à Ceuta.

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