Le Parlement européen a adopté, jeudi 17 septembre, une résolution consacrée à la crise migratoire de Ceuta, par 339 voix pour, 225 contre et 16 abstentions. Le Maroc a rapidement réagi à ce texte par la voix de son ambassadeur auprès de l'Union européenne et de l'OTAN, Ahmed Reda Chami. Selon les déclarations du diplomate rapportées par l'agence MAP, la résolution « ne comporte aucune incrimination ou injonction à l'endroit du Maroc ». Cette prise de position rapide illustre la sensibilité persistante du dossier migratoire dans les relations entre Rabat et Bruxelles.
Ahmed Reda Chami a insisté sur le fait que le texte adopté « ne retient aucune des tentatives d'instrumentalisation de la question migratoire ». L'ambassadeur a précisé que « de nombreux amendements à caractère hostile n'ont finalement pas été retenus », une issue qu'il attribue à « l'approche responsable, constructive et sereine de la majorité des eurodéputés ». Il a notamment salué le rôle des principales formations politiques du Parlement européen dans l'équilibre final du texte. Cette lecture marocaine du vote se veut rassurante quant à l'état des relations institutionnelles entre le Royaume et les instances européennes.
Le diplomate marocain a par ailleurs exprimé des regrets à l'égard de « campagnes de communication et de propagande » qui, selon lui, cherchent à attribuer au texte des dispositions qu'il ne contient pas. Cette mise en garde vise implicitement les lectures polémiques du vote diffusées en marge de son adoption. Elle traduit la volonté du Maroc de contrôler le récit autour d'un dossier régulièrement instrumentalisé par des acteurs hostiles à Rabat sur la scène européenne.
La résolution comporte toutefois un volet qui mérite d'être rappelé pour comprendre l'ensemble du texte. Elle affirme que « Ceuta et Melilla font partie intégrante du Royaume d'Espagne et, à ce titre, de l'Union européenne et de ses frontières extérieures ». Le texte ajoute que toute tentative de porter atteinte à l'intégrité territoriale et à la souveraineté d'un État membre — y compris par l'instrumentalisation de la migration par des pays tiers ou d'autres acteurs hostiles — constitue une « menace hybride » pour la sécurité de l'UE, appelant une réponse dépassant les seuls instruments de gestion migratoire ordinaires.
Ce dossier s'inscrit dans un contexte diplomatique déjà éprouvé. En mai 2021, plusieurs milliers de personnes avaient franchi en quelques jours la frontière séparant le Maroc de l'enclave de Ceuta, dans un contexte de vive tension bilatérale liée à l'accueil en Espagne, pour raisons médicales, du chef du Front Polisario Brahim Ghali. Cet épisode avait durablement marqué les relations entre Rabat et Madrid, avant un net réchauffement à partir de 2022, lorsque l'Espagne a reconnu le plan d'autonomie marocain comme « la base la plus sérieuse, réaliste et crédible » pour régler le dossier du Sahara marocain.
Depuis cette normalisation, le Maroc s'est positionné comme un partenaire de premier plan dans la gestion des flux migratoires vers l'Europe, coopération saluée à plusieurs reprises par les autorités espagnoles et européennes. Rabat met régulièrement en avant les moyens engagés pour limiter les départs irréguliers depuis ses côtes, y compris vers les Canaries, autre point de passage majeur vers le territoire européen. La réaction de l'ambassadeur Chami s'inscrit dans cette logique : démontrer que le Royaume n'est pas visé par le texte adopté par les eurodéputés, et que les accusations d'instrumentalisation migratoire, régulièrement portées par certains milieux hostiles au Maroc, ne trouvent pas d'écho dans la résolution finale.
Au-delà de la communication officielle, ce vote confirme la ligne de crête sur laquelle avance la diplomatie marocaine à Bruxelles : préserver une coopération migratoire jugée stratégique avec l'Union européenne, tout en veillant à ce qu'aucun texte européen ne vienne fragiliser la position du Royaume sur les dossiers sensibles qui touchent à sa souveraineté. Le maintien d'un dialogue direct avec les principales familles politiques du Parlement européen, souligné par l'ambassadeur, apparaît comme un indicateur de la solidité retrouvée de ce partenariat. Ce dossier migratoire, longtemps source de crispations, s'impose désormais comme un terrain où Rabat entend démontrer sa fiabilité, plutôt que subir les critiques d'un passé encore récent.

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