Le dossier de Ceuta et Melilla continue d'alimenter les tensions diplomatiques entre le Maroc et l'Espagne. Le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, a révélé que son homologue marocain, Nasser Bourita, lui avait présenté les déclarations récentes de ministres marocains sur ces deux enclaves comme s'inscrivant dans un « contexte électoral », sans lien avec la position officielle de Rabat. Bourita a précisé que les auteurs de ces propos s'exprimaient en tant que responsables de partis politiques, à l'approche des élections législatives marocaines du 23 septembre, et non en leur qualité de membres du gouvernement.
Cette explication n'a toutefois pas convaincu le chef de la diplomatie espagnole. Dans un entretien accordé à la chaîne La 1, Albares a jugé ces déclarations « totalement inacceptables » et « préjudiciables aux relations bilatérales », qu'elles relèvent ou non de la campagne électorale en cours au Maroc. Il a affirmé avoir personnellement transmis la position de Madrid à Bourita sur ce point, sans détailler la teneur exacte des échanges entre les deux ministres.
Albares a par ailleurs rappelé la position constante de l'Espagne sur le statut des deux villes : « Ceuta et Melilla sont espagnoles. Nous n'avons pas discuté avec le Maroc, nous ne discutons pas et nous ne discuterons jamais de la question de notre intégrité territoriale. » Une déclaration qui illustre la sensibilité persistante de ce dossier, resté en marge des avancées enregistrées par ailleurs dans la relation bilatérale depuis 2022. Ce point de désaccord, loin d'être nouveau, ressurgit régulièrement dans les échanges entre les deux capitales dès qu'un responsable marocain aborde publiquement le statut des deux villes.
Le ministre espagnol est également revenu sur les tentatives de franchissement de la frontière de Ceuta survenues fin juillet, qui avaient mobilisé les forces de sécurité des deux côtés. Il a indiqué avoir contacté Bourita à cette occasion. Le chef de la diplomatie marocaine lui aurait assuré que le Royaume « n'était pas derrière ce qui s'est passé ». Il a également précisé que les autorités marocaines avaient déployé les moyens nécessaires pour stopper l'afflux de migrants vers l'enclave.
Albares a reconnu que son gouvernement n'était pas encore en mesure d'identifier les instigateurs de cette tentative de passage massif. Il a toutefois fait état d'une « activité inhabituelle » détectée sur les réseaux sociaux, en particulier le 30 juillet, qui relayait l'idée erronée que la frontière aurait été ouverte. Cette rumeur s'appuyait, selon lui, sur une interprétation déformée du contenu d'un arrêt de la Cour suprême espagnole daté du 8 juillet. Les réseaux sociaux ont constitué, selon ses mots, « l'étincelle finale » ayant poussé plusieurs milliers de personnes à se diriger vers l'enclave.
Ce nouvel épisode s'inscrit dans l'histoire heurtée des rapports entre Rabat et Madrid autour de la gestion migratoire aux frontières de Ceuta et Melilla. Le précédent le plus marquant remonte à mai 2021, lorsque plusieurs milliers de personnes avaient franchi la frontière de Ceuta en quelques jours, dans un contexte de vive tension consécutive à l'accueil en Espagne du chef du Front Polisario, Brahim Ghali. La crise avait débouché sur une rupture diplomatique de plusieurs mois, résolue en mars 2022 lorsque le gouvernement de Pedro Sánchez avait reconnu le plan d'autonomie marocain comme base « la plus sérieuse, réaliste et crédible » pour le règlement du dossier du Sahara marocain, ouvrant une nouvelle phase de coopération bilatérale, notamment sur le contrôle des frontières.
L'épisode actuel montre toutefois que ce dossier migratoire reste un point de friction récurrent, susceptible de resurgir au gré du calendrier politique intérieur des deux pays. Les propos tenus par des ministres marocains sur Ceuta et Melilla, quelques semaines avant des élections législatives observées de près, rappellent que la question du statut de ces enclaves demeure un sujet sensible dans le débat politique marocain, même lorsque le gouvernement cherche à en limiter l'impact diplomatique. Pour Madrid, la fermeté affichée par Albares traduit la volonté de dissocier clairement la coopération sécuritaire, jugée globalement satisfaisante, des déclarations politiques jugées provocatrices.
Les investigations sur l'origine de la mobilisation de fin juillet se poursuivent du côté espagnol, avec l'objectif déclaré d'établir des faits vérifiés et de prévenir la répétition de tels incidents. La coopération maroco-espagnole en matière de gestion des flux migratoires, présentée par Albares lui-même comme efficace dans l'immédiat, reste le baromètre le plus concret de l'état réel de la relation bilatérale, au-delà des passes d'armes verbales autour du statut de Ceuta et Melilla. Le feuilleton Ceuta-Melilla illustre ainsi la capacité des deux pays à compartimenter leurs désaccords politiques sans remettre en cause, pour l'instant, les mécanismes de coopération sécuritaire mis en place depuis 2022.

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