Le Maroc est directement concerné par la crise qui a secoué Ceuta fin août, lorsque des dizaines de milliers de migrants ont tenté de forcer les barrières de l'enclave espagnole, dans un assaut évité de justesse. Au-delà du drame humain, un vibrant plaidoyer publié dans la presse marocaine pose une question de fond que Rabat porte de longue date : celle du statut de Ceuta et Melilla, ces territoires espagnols situés en terre marocaine.
L'argument central est simple : au XXIe siècle, l'existence de ces deux enclaves, héritées d'une géographie coloniale figée, n'a plus d'autre fonction que d'entretenir des tensions permanentes entre les deux rives du détroit, alors que le Maroc et l'Espagne ont tout intérêt à construire ensemble leur avenir. Le texte appelle Madrid, qui a su regarder son passé franquiste avec lucidité, à parachever son processus de décolonisation en engageant le retour progressif de Ceuta et Melilla à leur continuité géographique et historique marocaine.
La réflexion établit un parallèle avec la situation des populations sahraouies retenues depuis un demi-siècle dans les camps de Tindouf, en Algérie, alors qu'elles sont officiellement des citoyens marocains. Le plaidoyer propose la création de deux commissions mixtes : une commission maroco-espagnole chargée de préparer les conditions du retour de Ceuta et Melilla, et une commission maroco-algérienne organisant le retour sécurisé et digne des Sahraouis de Tindouf vers le Maroc, sous l'accompagnement de la communauté internationale.
L'écrivain algérien Boualem Sansal, cité dans le texte, résume cette double proposition en appelant à « sortir de l'absurde » par ces deux commissions mixtes, l'une avec l'Espagne, l'autre avec l'Algérie, pour mettre fin à des situations présentées comme des anomalies géopolitiques que rien ne justifie de prolonger indéfiniment.
Le message adressé à Madrid et à Alger est celui d'une occasion à saisir plutôt que d'un ultimatum : transformer des foyers de tension en projets communs pour la Méditerranée occidentale. Pour l'Algérie, la question posée est celle d'un choix entre la politique de l'impasse et celle de la réconciliation régionale, à mesure que la pression migratoire et sociale rend, selon ce plaidoyer, le statu quo de moins en moins tenable.

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