Les déclarations du ministre marocain de la Justice, Abdellatif Ouahbi, rappelant que le Maroc maintient ses revendications historiques sur Ceuta et Melilla, ont provoqué une vive réaction côté espagnol. Ouahbi a précisé que ce dossier reste « sur la table », qu'il s'inscrit dans une stratégie de long terme pour Rabat et qu'il est régulièrement évoqué lors des rencontres bilatérales entre les deux pays.
Depuis Ceuta, la ministre espagnole de la Défense, Margarita Robles, a répondu fermement mercredi, sans citer directement le Maroc : « Toute attaque contre Ceuta ou Melilla est une attaque contre l'Espagne tout entière. Ceuta et Melilla sont intouchables. » Elle a également fait référence à la crise migratoire du 30 juillet dernier, affirmant qu'un tel épisode ne devait plus se reproduire.
Le ministre espagnol de l'Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, a en revanche adopté un ton plus mesuré, minimisant la portée des propos d'Ouahbi (« Ces signaux n'ont pour moi aucune importance ») tout en assurant que Madrid était prêt à empêcher toute nouvelle entrée massive de migrants à Ceuta. Il a par ailleurs mis en garde les candidats à la traversée contre les réseaux de traite des êtres humains.
Malgré cette poussée de tension diplomatique, les principaux responsables espagnols — le chef du gouvernement Pedro Sánchez, Grande-Marlaska, le ministre des Affaires étrangères José Manuel Albares et le ministre de la Justice Félix Bolaños — ont continué, ces deux dernières semaines, à présenter le Maroc comme un « partenaire fiable » et à saluer sa coopération dans le retour des migrants en situation irrégulière, sans dévier de cette ligne malgré les questions insistantes de la presse.
Le président de Ceuta, Juan Vivas, issu du Parti populaire, a de son côté rejeté mercredi les propos du ministre marocain, jugeant qu'ils n'ont « aucun fondement » puisque, selon lui, « Ceuta, c'est l'Espagne ». Il a affirmé que la position marocaine sur ces territoires n'avait rien de nouveau et a mis en avant le soutien, selon lui unanime, dont bénéficie la ville tant au niveau institutionnel qu'au sein de la société espagnole.
Cet épisode illustre la constance de la position marocaine sur Ceuta et Melilla, exprimée sans ambiguïté par Rabat comme un enjeu de long terme, dans un contexte où la relation bilatérale reste par ailleurs marquée par une coopération migratoire présentée comme solide par les deux gouvernements.

Chargement des commentaires...