Le chef du gouvernement espagnol Pedro Sánchez a rencontré lundi le roi Felipe VI, quelques heures après avoir évoqué publiquement la possibilité d'une visite du souverain à Ceuta et Melilla — un déplacement que Felipe VI n'a jamais effectué depuis son accession au trône en 2014. Pour le Maroc, qui n'a jamais reconnu la souveraineté espagnole sur ces deux villes du nord du royaume, ce projet ravive immédiatement le souvenir d'une crise diplomatique majeure survenue en 2007.
Sánchez a affirmé qu'il existait « des arguments et des raisons suffisants » pour que le chef de l'État se rende « enfin » à Ceuta et Melilla, précisant que cette visite « aura lieu » une fois les conditions appropriées réunies. Selon des sources de la présidence du gouvernement citées par Europa Press, la rencontre avec le roi s'inscrivait dans le cadre d'échanges réguliers programmés avant l'été, sans qu'aucun sujet précis n'ait été communiqué. Le Premier ministre a indiqué que gouvernement et Maison royale devaient désormais coordonner ce dossier.
En 2007, l'annonce d'une visite similaire de l'ancien roi Juan Carlos — sa première dans les deux présides depuis son accession au trône en 1975 — avait provoqué une rupture nette avec Rabat. Le Maroc avait alors rappelé pour consultations, et pour une durée indéterminée, son ambassadeur à Madrid, Omar Azziman, tandis qu'un communiqué du Cabinet royal marocain exprimait le rejet catégorique et la vive condamnation du royaume. Le Premier ministre marocain de l'époque, Abbas El Fassi, avait qualifié la visite d'acte « offensant les sentiments des Marocains », dans un climat de large indignation politique et populaire.
Le gouvernement espagnol de José Luis Rodríguez Zapatero avait alors défendu cette visite comme « une activité institutionnelle normale sur le territoire national espagnol », revendiquant le droit du monarque à se rendre dans toute zone sous souveraineté espagnole — une lecture que le Maroc n'a jamais acceptée s'agissant de Ceuta et Melilla. La crise avait duré environ deux mois, avant que l'ambassadeur marocain ne regagne son poste à Madrid en janvier 2008, refermant l'un des épisodes les plus tendus de la relation bilatérale.
Aucune date n'a pour l'instant été fixée pour ce déplacement, et ni le gouvernement espagnol ni la Maison royale n'ont précisé publiquement de calendrier. Mais le simple fait que la question soit désormais ouvertement posée à Madrid suffit à raviver, côté marocain, le souvenir d'un dossier que Rabat n'a jamais considéré comme clos : la souveraineté sur Ceuta et Melilla, deux villes que le Maroc revendique depuis des décennies.

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