Le ministre portugais des Affaires étrangères, Paulo Rangel, a salué la capacité du Maroc à contenir les flux migratoires vers l'enclave espagnole de Ceuta, qualifiant d'« impressionnantes » les mesures prises par les autorités marocaines pour endiguer ces départs. Cette reconnaissance, formulée alors que plusieurs pays européens s'inquiètent des répercussions de la crise migratoire en cours, souligne le rôle central que joue Rabat dans la gestion des flux vers l'Europe du Sud, bien au-delà du seul contentieux frontalier avec l'Espagne.

Selon l'évaluation portugaise, l'entrée de migrants à Ceuta ne représente pas une « menace immédiate » pour l'espace Schengen ni pour la libre circulation des personnes au sein de l'Union européenne. Une position qui tranche avec l'inquiétude affichée par d'autres capitales du continent et qui crédite, de fait, l'action menée sur le terrain par les autorités marocaines pour limiter les départs.

Paulo Rangel s'exprimait lors du Forum Ambrosetti, grand rendez-vous économique et diplomatique organisé chaque année à Cernobbio, dans le nord de l'Italie, qui réunit responsables politiques et acteurs économiques européens. Il a précisé que Lisbonne suivait l'évolution de la situation à Ceuta « heure par heure », recevant des informations en temps réel et transmettant à son tour les éléments pertinents aux partenaires concernés, en raison de la proximité géographique du Portugal avec l'Espagne et de son exposition potentielle à d'éventuels flux migratoires de grande ampleur.

Ceuta, enclave espagnole enclavée en territoire marocain, est depuis des années un point de friction migratoire régulier entre Rabat et Madrid. La crise la plus marquante remonte à mai 2021, lorsque plusieurs milliers de migrants avaient franchi la frontière en l'espace de quelques heures, dans un contexte de vive tension diplomatique liée à l'accueil en Espagne du chef du Front Polisario pour raisons médicales. Les relations entre les deux royaumes s'étaient depuis largement normalisées, le Maroc redevenant un partenaire incontournable de l'Espagne et de l'Union européenne dans le contrôle des routes migratoires vers l'Europe du Sud.

Le chef de la diplomatie portugaise a par ailleurs indiqué que son pays soutenait la tenue d'une réunion des ministres de l'Intérieur de l'Union européenne, en réponse à l'appel lancé par la présidente du Conseil italien Giorgia Meloni. Cette rencontre viserait à examiner les répercussions de la crise de Ceuta et à renforcer la coordination européenne en matière de migration et de sécurité des frontières extérieures de l'Union.

Cette demande italienne intervient après la décision du gouvernement de Rome de suspendre temporairement l'application des accords de Schengen et d'instaurer des contrôles aux frontières pour les personnes arrivant d'Espagne. Une mesure qui traduit les tensions internes à l'espace européen face à la gestion des arrivées migratoires, plusieurs pays cherchant à se prémunir d'un éventuel effet de report vers leur propre territoire.

Interrogé sur ces frictions entre Rome et Madrid, Paulo Rangel a relativisé leur portée, rappelant que l'Espagne et l'Italie demeurent des pays « amies » et que cette tension, qu'il a qualifiée de « mineure », devrait rapidement être surmontée. Une manière, pour Lisbonne, de désamorcer une polémique naissante entre deux partenaires européens sans remettre en cause la nécessité d'une réponse coordonnée face à la crise migratoire.

Au-delà du cas portugais, cette prise de position illustre la place particulière qu'occupe le Maroc dans l'équation migratoire européenne. Alors que plusieurs capitales du sud de l'Europe s'échangent des reproches sur la gestion des arrivées, la capacité de Rabat à réguler les départs depuis son territoire reste un facteur de stabilité reconnu, y compris par des pays qui ne sont pas directement engagés dans la relation bilatérale avec Madrid. Ce constat renforce la position du Royaume comme interlocuteur incontournable de l'Union européenne sur les enjeux migratoires, un statut diplomatique qui pèse également dans d'autres dossiers de coopération avec Bruxelles, du commerce à la lutte contre le terrorisme.

La déclaration de Paulo Rangel, venue d'un pays qui n'est pourtant pas en première ligne de la crise de Ceuta, confirme que la gestion marocaine des flux migratoires dépasse désormais le seul cadre des relations avec l'Espagne pour s'inscrire dans une lecture européenne plus large. Reste à savoir si la réunion des ministres de l'Intérieur, si elle se tient, débouchera sur une reconnaissance plus formelle du rôle joué par Rabat dans la sécurisation des frontières extérieures de l'Union, à l'heure où la question migratoire continue de peser sur les équilibres politiques internes de plusieurs pays membres.

Ceuta Migration Maroc-Portugal Union européenne Diplomatie