Juan Jesús Vivas veut rappeler au Maroc ses responsabilités. Le président de Ceuta estime que Rabat, puisqu’il est capable de signer des accords commerciaux et de coorganiser une Coupe du monde, devrait également être capable de « prendre soin de ses enfants ». Une belle formule. Presque touchante.

Mais avant de distribuer les bons et les mauvais points, il serait peut-être utile de se souvenir d’une chose : l’Afrique n’a pas été condamnée au sous-développement par manque d’ambition.

Pendant des décennies, les puissances européennes ont construit leur puissance en exploitant les ressources du continent africain. Des richesses, des matières premières et des territoires ont alimenté des économies européennes tandis que de nombreux pays africains tentaient, après les indépendances, de reconstruire leurs États et leurs économies avec des moyens considérablement plus limités.

Alors entendre aujourd’hui un responsable espagnol expliquer aux Africains comment prendre soin de leurs enfants a quelque chose d’assez ironique.

Le Maroc, lui, n’attend visiblement plus les leçons.

Le pays investit dans ses infrastructures, développe son industrie, modernise ses villes, renforce son économie et s’apprête à coorganiser la Coupe du monde 2030. Et c’est précisément cette transformation qui semble parfois déranger ceux qui avaient l’habitude de regarder l’Afrique depuis une position de supériorité.

Oui, le Maroc doit assumer ses responsabilités envers ses mineurs. Cela ne fait aucun doute.

Mais la responsabilité fonctionne dans les deux sens.

Si l’Europe veut parler d’avenir, elle devrait aussi accepter de parler de son passé.

Car lorsqu’on a longtemps profité des richesses d’un continent, avant de lui expliquer ensuite comment se développer, il faut au minimum s’attendre à une réponse.

Et cette réponse pourrait être très simple :

Merci pour les conseils, monsieur Vivas. Mais cette fois, l’Afrique compte écrire elle-même la suite de son histoire.

Ceuta Maroc Espagne Opinion