Devant le Parlement espagnol jeudi, le Premier ministre Pedro Sánchez a rejeté les accusations selon lesquelles les autorités marocaines auraient délibérément orchestré l'afflux massif de migrants vers Ceuta fin juillet. Il a toutefois reconnu qu'un relâchement du contrôle frontalier avait eu lieu côté marocain pendant plusieurs heures au plus fort de la crise, sans que cela remette en cause, selon lui, la maîtrise générale de la frontière par Rabat.
Près de 72 000 migrants avaient tenté de rejoindre l'enclave espagnole à la nage ou par voie terrestre, un afflux sans précédent pour ce territoire de 84 000 habitants. Sánchez a annoncé un bilan de 141 morts, en nette hausse par rapport à la précédente estimation de 96 victimes, sans détailler la méthode ayant permis d'établir ce nouveau chiffre. Environ 5 000 personnes, dont 1 200 mineurs, se trouvent encore à Ceuta selon Madrid.
Sur le rôle du Maroc, Sánchez a maintenu une ligne claire : aucune preuve ne permet d'affirmer que les autorités marocaines ont organisé cet afflux, largement attribué par le gouvernement espagnol à une mobilisation sur les réseaux sociaux. Il a précisé que le relâchement observé le 30 juillet, pendant environ dix heures, avait été suivi d'un retour rapide à un contrôle strict par la gendarmerie marocaine, avec des centaines d'interpellations empêchant de nouvelles tentatives de passage. Des médias espagnols ont évoqué un rapport de police mentionnant une certaine complaisance des forces marocaines, mais les autorités espagnoles ont démenti que ce document impute directement la responsabilité à Rabat.
La relation bilatérale reste néanmoins sous tension : Sánchez a dénoncé les déclarations de deux ministres marocains contestant la souveraineté espagnole sur Ceuta et Melilla, ce qui a conduit Madrid à convoquer l'ambassadeur du Maroc pour protester officiellement. Le chef du gouvernement a promis la publication prochaine de rapports officiels sur la crise, sans préciser de calendrier.
Sur le plan intérieur espagnol, la pression politique s'accentue : le chef de l'opposition Alberto Feijóo a accusé Sánchez d'avoir abandonné les habitants de Ceuta, et des dizaines de milliers de manifestants ont réclamé sa démission la veille de son intervention au Parlement. Les versions parfois contradictoires des ministères espagnols sur les alertes reçues avant la crise continuent d'alimenter les demandes de transparence, alors que cet épisode reste le plus meurtrier jamais enregistré à la frontière terrestre entre l'Union européenne et l'Afrique.

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