Dans un entretien accordé à RMC Sport, Ronan Delcroix, à la tête de la Division nationale de lutte contre le hooliganisme (DNLH) depuis un an, dresse le bilan de sa première saison à ce poste. Il évoque une saison globalement calme, marquée par un nombre d'incidents limité tant en fréquence qu'en intensité, à l'exception notable de sa toute fin.
La dernière journée de Ligue 1 a en effet été perturbée par deux envahissements de pelouse, tandis que des incidents ont éclaté la veille de la finale de la Coupe de France entre Lens et Nice. Pour Ronan Delcroix, ces derniers relèvent bien du phénomène de hooliganisme, même s'ils se sont produits loin de l'enceinte sportive et la veille de la rencontre. Il y voit toutefois la preuve que les dispositifs de sécurité mis en place aux abords immédiats des stades fonctionnent efficacement le jour des matchs.
Le responsable rappelle qu'un stade « n'est jamais trop sécurisé » et défend les moyens déployés ces dernières années : parcages étanches, barrières, tourniquets, vidéosurveillance et renforcement du nombre de stadiers par les clubs. Selon lui, ces dispositifs ont permis de faire nettement reculer les affrontements et batailles rangées qui pouvaient encore se produire dans les tribunes il y a quelques années. Il insiste sur le fait que les auteurs de ces débordements ne représentent qu'une infime minorité, estimée à 2 ou 3% des spectateurs, l'immense majorité venant simplement profiter d'un match en famille.
Pour la saison 2026-2027, la DNLH s'appuie sur sa connaissance des affiches et rivalités du championnat français afin de calibrer les dispositifs de sécurité en amont. Mais c'est surtout la Coupe d'Europe, avec son nouveau format de phase de poules élargie, qui suscite la vigilance du service, qualifiée par Ronan Delcroix de « loterie ». Deux rencontres sont particulièrement surveillées : les venues de Galatasaray à Lille puis à Paris, et surtout la réception de l'Olympiacos par l'Olympique de Marseille, prévue à la mi-octobre.
Ce match contre le club grec est identifié comme l'un des plus à risque de la saison, en raison de la rivalité existante avec certains clubs helléniques et de l'amitié affichée entre une partie des supporters marseillais et ceux de l'AEK Athènes. La DNLH souligne aussi que les clubs turcs et grecs remplissent traditionnellement leurs parcages visiteurs grâce à une diaspora nombreuse en France, ce qui complique l'évaluation du volume de supporters à encadrer.
La préparation de ce type de rencontre européenne suit un protocole précis : un séminaire organisé par l'UEFA réunit dès le tirage au sort les responsables sécurité du club, de la police locale et de l'instance européenne, avant des échanges directs entre services de renseignement des deux pays. Une première réunion d'évaluation du risque a lieu un mois avant le match avec la police locale et la préfecture, suivie d'une seconde quelques jours avant la rencontre pour finaliser le dispositif. Le classement officiel du niveau de risque n'est communiqué que 48 heures avant le coup d'envoi, les informations pouvant évoluer jusqu'au dernier moment.
Ronan Delcroix confirme que la situation sportive d'un club, comme celle que traverse actuellement l'OM au classement, fait partie des éléments surveillés par ses services. Une série de mauvais résultats peut en effet raviver des tensions chez les supporters les plus passionnés, tout comme la relation entre un groupe de supporters et la direction du club. La DNLH s'appuie sur son réseau de correspondants locaux, qui connaissent les groupes de supporters, pour anticiper d'éventuelles réactions virulentes en cas de crise sportive.
Le responsable revient aussi sur les affrontements survenus en cours de saison entre groupes de supporters du Paris Saint-Germain, au sein du Collectif Ultras Paris. Des tensions internes, liées à des questions de leadership entre plusieurs groupes, couvaient depuis un premier incident survenu autour de la finale de la Ligue des champions 2025 entre les Parias Cohortis et les Urban Paris. Le club parisien a réagi rapidement en sanctionnant les groupes concernés, allant jusqu'à l'interdiction de stade pour l'un d'eux, qui n'existe désormais plus au Parc des Princes.
Sur les arrêtés préfectoraux d'interdiction ou d'encadrement de déplacement, régulièrement critiqués par les groupes de supporters, Ronan Delcroix rappelle qu'ils sont pris par les préfets sur la base d'une analyse de risque et d'un historique d'incidents, dans un objectif de protection des supporters eux-mêmes. La DNLH affirme rester à l'écoute des représentants de supporters lors de ses déplacements, sans pour autant pouvoir répondre favorablement à toutes leurs demandes.
Interrogé sur les phénomènes de saluts nazis ou de chants homophobes dans les tribunes, le chef de la DNLH les qualifie de marginaux au regard du nombre de rencontres disputées chaque saison, tout en reconnaissant leur forte résonance médiatique. Une vigilance particulière est maintenue à l'approche de l'élection présidentielle, dans un contexte jugé plus polarisé où le stade doit rester un espace neutre. Il se félicite en revanche de la cohabitation réussie entre le PSG et le Paris FC, dont les stades ne sont distants que de 200 mètres, et exclut pour l'instant tout retour des supporters visiteurs lors des classiques OM-PSG, évoquant un antagonisme toujours vif entre les deux camps depuis 2018.

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