Un drone attribué aux Forces armées royales (FAR) a été repéré au-dessus de Ceuta le 9 septembre, en pleine visite non annoncée des chefs de la Police nationale et de la Garde civile espagnoles dans la région frontalière, selon des révélations du quotidien espagnol ABC publiées vendredi 18 septembre et reprises depuis par une émission du groupe ABC. L'appareil aurait survolé l'enclave pendant que Francisco Pardo, directeur général de la Police nationale, et Mercedes González, directrice générale de la Garde civile, s'y trouvaient pour une inspection sécuritaire sur place.

Selon la même source, le drone marocain était équipé d'un dispositif placé sous le fuselage destiné à échapper aux brouilleurs électroniques déployés par les autorités espagnoles pour la circonstance. Des drones de l'armée espagnole étaient eux aussi en opération ce jour-là pour sécuriser la zone à l'occasion de cette visite, ce qui a permis leur détection mutuelle dans un ciel déjà placé sous haute surveillance par les deux camps.

Cet épisode s'inscrit dans un climat où l'Espagne observe de très près la montée en puissance des capacités militaires du Royaume, une vigilance renforcée depuis la crise migratoire qu'avait traversée Ceuta il y a plusieurs années. Les autorités espagnoles scrutent régulièrement les mouvements aériens marocains autour des deux enclaves, sans que cela n'ait jusqu'ici donné lieu à un incident diplomatique officiellement déclaré par l'un ou l'autre gouvernement.

Le dossier des capacités de surveillance marocaine près de Ceuta et Melilla n'a rien de nouveau. En février 2022, le gouvernement espagnol avait lui-même reconnu, en réponse à une question écrite d'un sénateur du parti Compromís, que le Maroc était pleinement «souverain» pour installer missiles et drones à proximité des deux villes. L'exécutif de Pedro Sánchez avait alors précisé que Rabat disposait du droit de gérer ses frontières avec les moyens de son choix, une position officielle qui n'a jamais été démentie depuis par Madrid.

Ce même mois de février 2022, les FAR avaient créé une nouvelle zone militaire couvrant l'est du Royaume, incluant les abords de Ceuta et Melilla, renforçant le dispositif marocain le long de cette frontière particulièrement sensible avec l'Union européenne et l'espace Schengen.

Cet épisode survient alors que les relations entre Rabat et Madrid se sont nettement réchauffées depuis mars 2022, lorsque l'Espagne avait reconnu le plan d'autonomie marocain comme base la plus «sérieuse, réaliste et crédible» pour régler la question du Sahara marocain, mettant fin à une longue période de crise diplomatique. Cette normalisation n'a toutefois pas effacé certains points de friction bilatéraux, notamment autour de la gestion des frontières de Ceuta et Melilla, où les intérêts sécuritaires des deux pays continuent de se frôler régulièrement.

Le dossier n'est d'ailleurs pas à sens unique. Malgré sa reconnaissance de 2022, Madrid a installé en 2024 des systèmes anti-drones sur plusieurs îlots que le Maroc revendique comme siens, notamment dans l'archipel des Chafarinas, situé à environ trois kilomètres des côtes marocaines proches de Ras El Ma, en Méditerranée. Cette initiative espagnole illustre les tensions latentes qui persistent autour de la souveraineté de ces territoires, en dépit des positions officielles affichées de part et d'autre depuis le rapprochement de 2022.

Cette succession d'épisodes témoigne surtout de la modernisation continue des moyens aériens des FAR, capables selon la presse espagnole de déployer des technologies conçues pour contourner les dispositifs de brouillage les plus récents. Pour Rabat, la maîtrise de cet espace aérien frontalier s'inscrit dans une logique de gestion souveraine de ses frontières, déjà actée publiquement par Madrid en 2022, plutôt que dans une quelconque escalade délibérée envers son voisin européen.

Aucune réaction officielle n'a pour l'instant été communiquée par les autorités marocaines sur cet épisode précis, tandis que la presse espagnole continue de suivre de près l'évolution des équipements de surveillance déployés de part et d'autre de la frontière de Ceuta.

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