Coup de théâtre dans le dossier du Sahara marocain : le ministère ghanéen des Affaires étrangères a accueilli lundi à Accra Tayeb Seddik El Bachir, venu présenter ses lettres de créance en tant qu'ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire du Front Polisario. Le représentant a été reçu par le chef de la diplomatie ghanéenne, Samuel Okudzeto Ablakwa, lors d'une rencontre qui n'a fait l'objet d'aucun communiqué officiel de la part d'Accra. Seule l'agence de presse du Polisario a évoqué l'événement, affirmant que le ministre ghanéen aurait réitéré la position constante de son pays sur ce que le mouvement séparatiste appelle la question sahraouie. Cette source unilatérale doit être prise avec précaution, dans l'attente d'une confirmation ou d'un démenti des autorités ghanéennes.
Le geste, s'il se confirme, marquerait un net revirement. Le Ghana avait reconnu le Polisario dès 1979, avant de suspendre officiellement ses relations diplomatiques avec le mouvement en janvier 2025, une décision notifiée dans les formes au ministère marocain des Affaires étrangères, ainsi qu'à l'Union africaine et aux Nations unies. Cette rupture s'inscrivait dans une dynamique plus large de retraits de reconnaissance de la république autoproclamée par le Polisario, observée ces dernières années sur le continent africain, largement portée au crédit de la diplomatie marocaine dans le dossier du Sahara marocain.
Accra avait même accentué cette ligne en juillet 2026, qualifiant le plan d'autonomie marocain de seule base réaliste et durable pour un règlement mutuellement acceptable du dossier. Cette déclaration avait suivi des entretiens entre le ministre marocain des Affaires étrangères Nasser Bourita et son homologue ghanéen. Le Ghana s'était également félicité de l'adoption par le Conseil de sécurité de l'ONU de la résolution 2797, qui soutient les efforts du Secrétaire général et de son envoyé personnel pour engager des négociations sur la base de la proposition d'autonomie marocaine.
C'est cette même diplomatie ghanéenne qui aurait donc, quelques semaines plus tard, accepté de recevoir un représentant du Polisario avec le protocole réservé à un chef de mission diplomatique. La contradiction est frappante si les propos rapportés par l'agence du front s'avèrent exacts, et elle explique pourquoi aucune confirmation officielle n'a pour l'instant été apportée par Accra. Rabat n'a pas non plus réagi publiquement à ce stade, une prudence qui s'explique par le caractère encore invérifié de l'information disponible.
Cette séquence intervient après plus d'un an d'offensive diplomatique algérienne pour faire revenir le Ghana sur sa décision de janvier 2025. En mai 2025, à la suite d'une visite du ministre ghanéen à Alger, la diplomatie algérienne avait publiquement appelé à une solution politique du dossier garantissant le droit à l'autodétermination, une formulation reprise ensuite par les médias proches du Polisario. Cette pression constante illustre l'importance que revêt, pour Alger, le maintien de soutiens africains au mouvement séparatiste, à mesure que ceux-ci se raréfient sur le continent.
Au-delà du cas ghanéen, cet épisode s'inscrit dans une bataille diplomatique plus large que se livrent Rabat et Alger sur le continent africain autour de la reconnaissance de la pseudo-république proclamée par le Polisario. Le Maroc a multiplié les succès ces dernières années, avec des retraits de reconnaissance, des ouvertures de consulats à Laâyoune et Dakhla, et des soutiens explicites au plan d'autonomie de la part d'un nombre croissant d'États, si bien qu'un éventuel raidissement ghanéen, si les propos rapportés se confirment, ferait figure d'exception plutôt que de tendance. Il rappellerait néanmoins que ces équilibres diplomatiques restent mouvants et disputés pied à pied entre Rabat et Alger.
L'enjeu dépasse la seule question protocolaire. La résolution 2797 du Conseil de sécurité a ouvert une fenêtre de négociation fondée sur la proposition marocaine d'autonomie, et chaque signal, même symbolique, envoyé par un État africain est scruté par les deux parties comme un indicateur du rapport de forces diplomatique. Une clarification de la position réelle du Ghana sera donc attendue dans les prochains jours, tant par Rabat que par les partenaires internationaux engagés dans le processus onusien.
En l'état, l'affaire repose sur la seule version diffusée par l'appareil de communication du Polisario, sans confirmation gouvernementale ghanéenne ni marocaine à ce stade. Elle illustre néanmoins la persistance des manœuvres d'influence autour du dossier du Sahara marocain, où chaque geste diplomatique, avéré ou non, devient un enjeu de communication pour l'ensemble des parties engagées dans ce dossier.

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