Le gouvernement marocain est resté quasiment silencieux pendant la crise migratoire de Ceuta, où des dizaines de milliers de personnes ont tenté de rejoindre l'enclave espagnole en quelques jours, avec un bilan humain qui s'est alourdi au fil des heures. Ni Aziz Akhannouch, chef du gouvernement, ni le ministre de l'Intérieur Abdelouafi Laftit, ni le chef de la diplomatie Nasser Bourita, ni le porte-parole Mustapha Baitas n'ont pris la parole pour expliquer la situation ou défendre la position du Royaume. Le seul visage officiel apparu fut, trois jours après le début de la crise, celui du porte-parole du ministère de l'Intérieur, annonçant un bilan de 40 000 migrants et 11 décès, très inférieur aux chiffres circulant côté espagnol — sans qu'aucune explication ne soit donnée sur cet écart.
Le contraste avec la scène internationale est frappant : des responsables à Washington, Tel-Aviv, Rome et dans plusieurs capitales européennes se sont exprimés sur la crise bien avant Rabat. Il aura fallu une dizaine de jours pour qu'un ministre marocain s'empare réellement du sujet, et c'est Abdellatif Ouahbi, ministre de la Justice, qui a fini par le faire, en évoquant les mineurs non accompagnés, la responsabilité de Madrid, les régularisations massives en Espagne et la souveraineté marocaine sur Ceuta et Melilla — des dossiers qui relèvent pourtant avant tout de l'Intérieur, des Affaires étrangères et de la Primature.
Cette réserve tranche avec la crise de Ceuta de 2021, durant laquelle Nasser Bourita avait activement occupé le terrain médiatique international pour exposer la position marocaine dans plusieurs médias étrangers. Depuis, la difficulté à identifier une parole politique gouvernementale forte en temps de crise s'est installée durablement, alors que des précédents existaient : Driss Jettou en première ligne après le séisme d'Al Hoceima en 2004, ou Abdelilah Benkirane puis Saâdeddine El Othmani répondant politiquement au Hirak du Rif.
Le séisme d'Al Haouz en 2023 avait déjà révélé ce retrait de l'incarnation gouvernementale, et le mouvement GenZ l'a rendu plus visible encore : les revendications portaient directement sur des secteurs relevant de l'action de l'exécutif — santé, éducation, emploi — mais la réponse politique s'est limitée, pour l'essentiel, à attendre une intervention royale.
À un mois des élections législatives, cette absence de parole gouvernementale pose une question qui dépasse la seule communication de crise : qui assume politiquement l'action de l'État lorsque la situation devient sensible ? Le gouvernement avait pourtant intérêt à exposer sa version des événements de Ceuta, à contester certains chiffres ou à répondre aux accusations circulant à l'étranger — il a préféré laisser le terrain à l'Espagne, aux médias et aux réseaux sociaux.

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