Le ministère grec des affaires étrangères a placé les chantiers marocains du Mondial 2030, l'énergie verte, la gestion de l'eau, les ports, le transport maritime et l'agroalimentaire au premier rang des secteurs où Athènes souhaite renforcer sa coopération économique avec Rabat. Cette orientation a été arrêtée lors d'un entretien entre le ministre grec George Gerapetritis et son homologue marocain Nasser Bourita. Les deux gouvernements ont également retenu le principe d'une huitième session de leur commission mixte interministérielle, chargée de préparer de nouveaux accords commerciaux entre les deux pays.

Les échanges commerciaux entre le Maroc et la Grèce restent toutefois d'une ampleur limitée au regard des ambitions affichées. En 2025, leur valeur totale a atteint 455,41 millions d'euros, soit environ 4,98 milliards de dirhams, en hausse de 15,9 % par rapport à l'année précédente, selon l'Autorité statistique hellénique. Les exportations grecques vers le Maroc se sont élevées à 290,53 millions d'euros, en progression de 8,6 %, tandis que les achats grecs de produits marocains ont atteint 164,88 millions d'euros, en hausse de 31,5 %. L'excédent commercial grec s'est ainsi réduit à 125,65 millions d'euros, en recul de 11,6 %.

Cette croissance des ventes grecques repose toutefois en grande partie sur les produits pétroliers. Hors hydrocarbures, les exportations grecques vers le Maroc n'ont représenté que 113,28 millions d'euros en 2025, en progression modeste de 2,9 %. Le solde commercial hors pétrole devient même déficitaire pour la Grèce, à hauteur de 51,60 millions d'euros, pour un total d'échanges hors hydrocarbures de 278,16 millions d'euros, en hausse de 18,1 %. C'est précisément cette dépendance aux hydrocarbures qu'Athènes cherche à corriger en misant sur les grands chantiers marocains.

Les produits pétroliers ont représenté 177,25 millions d'euros d'exportations grecques vers le Maroc en 2025, soit 61 % du total, en hausse de 12,7 %. Le fioul a reculé à 58,90 millions d'euros, en baisse de 24,7 %, tandis que les ventes d'asphalte ont bondi de 160,2 % pour atteindre 53,48 millions d'euros. Les exportations de butane se sont élevées à 48,53 millions d'euros, contre seulement 1,54 million un an plus tôt. Le cuivre et ses ouvrages constituent le deuxième poste, avec 24,80 millions d'euros, en hausse de 4,3 %.

Le choix grec de cibler les infrastructures marocaines du Mondial 2030 s'appuie sur une présence industrielle déjà établie dans le Royaume. Le groupe grec de construction Archirodon travaille depuis 2019 sur l'extension des installations portuaires du groupe OCP à Laâyoune, tandis qu'Atlantic Dredging intervient dans les travaux de dragage. Le groupe chimique Kapachim exploite depuis près de vingt-cinq ans une unité de production à Jorf Lasfar, et la société Sychem a créé en 2025 sa filiale Sychem Africa à Casablanca, spécialisée dans les infrastructures hydrauliques et le dessalement.

Cette présence industrielle contraste toutefois avec la faiblesse des flux d'investissement direct. Selon la Banque de Grèce, les investissements grecs vers le Maroc n'ont représenté que 350 000 euros en 2025, contre 1,65 million d'euros de capitaux marocains dirigés vers la Grèce. Athènes entend désormais inciter ses entreprises à participer davantage aux programmes marocains d'infrastructures, d'eau, d'énergie et de transport maritime, des secteurs où plusieurs groupes grecs disposent déjà de références techniques solides.

La relance annoncée de la commission mixte interministérielle s'inscrit dans un cadre bilatéral ancien mais peu activé ces dernières années. La septième session s'était tenue à Athènes le 18 octobre 2010, et le cadre juridique bilatéral repose sur plusieurs textes : l'accord de coopération économique, scientifique et technique entré en vigueur en 1975, l'accord de protection réciproque des investissements de 2000, l'accord sur les transports aériens de 2003 et la convention fiscale de 2010. Le ministère grec entend s'appuyer sur ces bases pour préparer de nouveaux instruments commerciaux.

Le secteur maritime illustre déjà la possibilité d'une coopération capitalistique concrète entre les deux pays. Le groupe grec Attica Group et Bank of Africa ont créé en 2016 la compagnie Africa Morocco Link, qui exploite notamment la liaison entre Tanger Med et Algésiras. Attica Group a cédé en avril 2024 une participation de 49 % dans cette compagnie à l'armateur suédois Stena Line Holding, sans que cela remette en cause l'implication grecque dans le transport maritime marocain, confortée par les activités d'Archirodon et d'Atlantic Dredging dans les ports du Royaume.

Du côté marocain, les exportations vers la Grèce confirment le poids croissant de l'industrie automobile nationale. Les importations grecques de véhicules et de pièces détachées en provenance du Maroc ont atteint 86,83 millions d'euros en 2025, soit 52,7 % des achats grecs au Maroc, en hausse de 57,5 %. Les aliments pour animaux ont représenté 23,89 millions d'euros, en recul de 20,7 %, et les produits de la pêche 19,66 millions d'euros, en légère hausse de 0,7 %. Les achats grecs de produits phosphatés ont, pour leur part, atteint 5,54 millions d'euros, en progression de 8,3 %.

L'agroalimentaire figure enfin parmi les secteurs expressément cités par Athènes, avec des marges de progression notables : les exportations grecques de bar frais vers le Maroc ont bondi de 261,6 % en 2025, pour atteindre 3,91 millions d'euros, grâce notamment à une coopération avec l'Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires sur les certificats sanitaires. Au-delà des chiffres, cette séquence confirme la place croissante qu'occupe le Maroc dans les stratégies de diversification commerciale de plusieurs partenaires européens, qui voient dans les chantiers du Mondial 2030 et dans la position portuaire du Royaume, de Tanger Med à Laâyoune, un point d'entrée vers des marchés en expansion en Afrique et en Méditerranée.

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