Le secrétaire général de l'Organisation des Nations unies (ONU), António Guterres, a salué mercredi 16 septembre à New York une diplomatie marocaine « agissante, élégante et déterminée, sous la conduite du souverain », lors d'un entretien avec le ministre des affaires étrangères, de la coopération africaine et des Marocains résidant à l'étranger, Nasser Bourita. Cette rencontre intervient à six semaines d'un vote crucial du Conseil de sécurité sur l'avenir de la Mission des Nations unies pour l'organisation d'un référendum au Sahara marocain (Minurso), selon le compte rendu diffusé par Rabat. Le calendrier n'est pas neutre : c'est bien la question du Sahara marocain, plus que tout autre dossier bilatéral, qui structure aujourd'hui la relation entre le royaume et les Nations unies.

Selon la version marocaine de l'entretien, M. Guterres a exprimé son admiration pour l'attachement du royaume au multilatéralisme et pour ses « positions courageuses en défense des trois piliers des Nations unies, même dans des situations complexes ». Le secrétaire général a dressé un contraste entre un monde confronté à « des crises qui s'aggravent et des guerres qui s'élargissent » et un Maroc qui, selon lui, se porte bien grâce à l'action de son souverain. En retour, M. Bourita lui a transmis la « haute appréciation » du roi pour la coopération entre le royaume et l'organisation au cours de ses deux mandats à la tête du Secrétariat général.

Le compte rendu publié par le porte-parole de M. Guterres s'est montré nettement plus sobre que la version marocaine de l'entretien. Il s'est borné à évoquer la paix et la sécurité sur le continent africain, la situation au Proche-Orient et la reconnaissance du secrétaire général pour la contribution marocaine aux opérations de maintien de la paix. Fait notable, ni l'un ni l'autre des deux textes n'a mentionné explicitement le Sahara marocain, alors que ce dossier domine pourtant l'agenda des relations entre Rabat et l'ONU à l'approche du 31 octobre.

Créée en 1991 pour organiser un référendum d'autodétermination qui n'a jamais eu lieu, la Minurso se trouve aujourd'hui à un tournant. Le Conseil de sécurité avait ouvert la voie à une possible redéfinition de son mandat par la résolution 2797, adoptée le 31 octobre 2025 par onze voix pour et trois abstentions (Chine, Russie, Pakistan), l'Algérie ayant pour sa part refusé de prendre part au vote. Ce texte prorogeait le mandat de la mission pour un an, appelait les parties à négocier sans conditions préalables sur la base du plan d'autonomie marocain, et demandait au secrétaire général une évaluation stratégique de l'avenir de la Minurso. Le rapport correspondant, attendu avant la réunion d'octobre, sera le dernier rédigé par M. Guterres sur ce dossier, son second mandat s'achevant le 31 décembre.

Selon la lettre confidentielle Africa Intelligence, l'administration de Donald Trump envisage de cantonner la Minurso à la seule surveillance du cessez-le-feu entre le Maroc et le Front Polisario, ce qui l'éloignerait définitivement de sa vocation référendaire initiale ; l'hypothèse d'une extinction progressive de la mission serait même évoquée. Le département des opérations de paix de l'ONU avait de son côté présenté au printemps, à l'issue d'une tournée régionale menée du 24 au 30 mars, une évaluation préliminaire des tâches que la Minurso pourrait assumer à l'avenir. Selon le site marocain Médias24, cette démarche laisse entrevoir une possible participation de la mission à la mise en œuvre d'un éventuel accord issu des négociations, plutôt qu'un maintien de son rôle référendaire.

Les contraintes financières pèsent lourdement sur cet arbitrage. Le budget de la Minurso est tombé à près de 63 millions de dollars pour l'exercice courant de juillet 2026 à juin 2027, contre 71 millions l'année précédente, toujours selon Africa Intelligence. La mission a déjà perdu 23 postes civils, un avion et environ un quart de ses heures de vol, d'après la presse marocaine, et plusieurs postes clés ont été supprimés dans les camps de réfugiés de Tindouf, dans l'ouest de l'Algérie.

Sur le plan diplomatique, les négociations relancées en janvier 2026 sous l'égide de Washington entre le Maroc, l'Algérie, la Mauritanie et le Front Polisario n'ont connu aucune nouvelle session depuis les réunions tenues en début d'année à Madrid et à Washington, sous la double conduite de Massad Boulos, conseiller principal du président américain pour l'Afrique, et de l'envoyé personnel de M. Guterres, Staffan de Mistura. Le diplomate italo-suédois s'était rendu en juin à Alger, où il avait rencontré le ministre algérien des affaires étrangères, Ahmed Attaf, avant de se rendre dans les camps de Tindouf pour son premier entretien avec la direction du Front Polisario depuis septembre 2025. La Norvège aurait été pressentie pour accueillir une éventuelle reprise des discussions.

Cette séquence diplomatique illustre la stratégie constante du Maroc depuis l'adoption de la résolution 2797 : consolider ses soutiens internationaux pendant que l'architecture même de la Minurso est redéfinie. Le glissement évoqué par plusieurs sources, d'une mission tournée vers un référendum jamais organisé vers un rôle centré sur la surveillance du cessez-le-feu, voire sur l'accompagnement d'un futur accord, s'inscrit dans la ligne défendue par Rabat depuis des années : faire du plan d'autonomie marocain la seule base sérieuse de règlement. Reste que ce chantier se joue aussi sur fond de blocage persistant des négociations directes entre les parties, ce qui limite la portée immédiate des soutiens diplomatiques recueillis à New York.

Au lendemain de son entretien avec M. Guterres, M. Bourita a coprésidé jeudi au siège de l'ONU, en marge de la 81ᵉ session de l'Assemblée générale, une conférence mondiale sur la lutte contre les discours de haine par le dialogue interreligieux et interculturel. Organisée par le Maroc aux côtés du Bureau des Nations unies pour la prévention du génocide et la responsabilité de protéger et de l'Alliance des civilisations des Nations unies, cette initiative confirme l'activisme multilatéral du royaume durant cette session, au-delà du seul dossier du Sahara marocain.

Sahara marocain Minurso ONU Diplomatie marocaine Nasser Bourita