Dans un entretien accordé à Yabiladi, le journaliste sportif franco-marocain Saïd El Abadi, également auteur de « L'Histoire du football africain », dresse le bilan de la trajectoire des Lionnes de l'Atlas depuis la création de la sélection à la fin des années 1990. Pour lui, l'équipe est passée d'une formation peu présente au plus haut niveau africain à une véritable puissance continentale, un basculement survenu selon lui à partir de 2020 avec la professionnalisation, le développement de la formation et l'amélioration de l'encadrement.
Ce virage s'est traduit concrètement par des finales de CAN, une qualification pour la Coupe du monde 2023 marquée par un huitième de finale dès la première participation, puis par un billet obtenu pour l'édition 2027. Pour Saïd El Abadi, les Lionnes de l'Atlas figurent désormais parmi les meilleures équipes africaines : il ne leur manque plus, dit-il, que les titres.
Le journaliste souligne que les investissements engagés par le Maroc dans le football féminin — professionnalisation du championnat, détection et formation des jeunes, renforcement de l'encadrement — produisent des effets concrets. Il évoque un véritable écosystème en construction, porté par la Fédération royale marocaine de football, avec un championnat de D1 structuré, une relève dans les catégories de jeunes et de bonnes performances jusqu'en futsal.
Sur la CAN en cours, disputée dans une poule relevée incluant l'Algérie, Saïd El Abadi retient un bilan globalement positif malgré un match nul frustrant contre le Sénégal, suivi d'une victoire solide face à l'Afrique du Sud qui a validé la qualification pour le Mondial. Il juge l'équipe arrivée à maturité tactique, avec un banc de touche de qualité, tout en prévenant que la demi-finale à venir contre un Cameroun impressionnant depuis le début de la compétition constituera le match le plus difficile du tournoi pour les joueuses de Jorge Vilda.
Le journaliste constate aussi un changement de perception du public : les matchs des Lionnes de l'Atlas affichent complet et il n'y a plus de billets disponibles pour la finale de cette CAN organisée au Maroc. Il note que le grand public marocain ne connaît plus une seule joueuse, mais plusieurs, citant aux côtés de Ghizlane Chebbak des noms comme Msoudy, Saoud, Mrabet, El Haj ou Ouzraoui — un signe, selon lui, de la progression du niveau de jeu et de la médiatisation de la discipline.
Interrogé sur ce qu'il reste à accomplir, Saïd El Abadi appelle à cesser de comparer le niveau du football féminin à celui des hommes, et plaide pour davantage d'initiatives médiatiques : interviews, documentaires et présence renforcée des joueuses sur les plateaux télévisés. Il invite également les joueuses elles-mêmes à s'appuyer sur les réseaux sociaux pour gagner en visibilité et en notoriété.

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