Le Maroc a haussé le ton face à la politique migratoire espagnole, accusée d'avoir recomposé unilatéralement ses règles d'accueil sans concertation avec Rabat, au moment même où Madrid continue d'exiger du Royaume qu'il retienne en amont les flux migratoires vers l'Europe. Cette dissociation entre l'ouverture juridique décidée en Espagne et la fermeture exigée du côté marocain a nourri un contentieux politique qui s'est exprimé publiquement après la crise de Ceuta, survenue fin juillet 2026.

Le 30 juin, l'Espagne a clos la plus vaste régularisation extraordinaire de son histoire, avec 1,17 million de demandes déposées et 609 737 dossiers déjà instruits au 2 juillet, selon le ministère espagnol de l'inclusion, de la sécurité sociale et des migrations. Le décret royal 316/2026, entré en vigueur le 16 avril, a réservé 79,6 % des demandes à l'« ancrage extraordinaire » et 20,4 % aux demandeurs de protection internationale, sous condition d'une présence en Espagne antérieure au 1er janvier 2026 — un dispositif bien plus large que les quelque 500 000 bénéficiaires initialement annoncés par la ministre Elma Saiz.

Cette ouverture intérieure contraste avec les exigences adressées au Maroc en matière de contrôle des départs. Le ministre marocain de la justice, Abdellatif Ouahbi, a dénoncé mercredi 12 août auprès de l'agence EFE une politique où des personnes arrivées irrégulièrement peuvent être régularisées, alors que les autorités marocaines empêchent leur départ vers l'Europe. Il a réclamé des procédures « concrètes et clairement définies », alors que le ministère marocain de l'intérieur fait état de 73 600 tentatives d'émigration irrégulière déjouées en 2025, après 78 685 en 2024.

Le dossier de la nationalité dite « sahraouie » illustre la même logique. Le 23 juillet, la commission de la justice du Congrès des députés a approuvé une proposition ouvrant une voie exceptionnelle à la nationalité espagnole pour les personnes nées au Sahara marocain avant le 29 septembre 1977, avec un délai de résidence légale ramené à deux ans. Ce texte contredit la jurisprudence constante de la Cour suprême espagnole, qui avait jugé dès 2020 que la naissance au Sahara marocain sous administration espagnole ne conférait pas la nationalité espagnole d'origine — une doctrine encore appliquée en février 2026.

La crise de Ceuta des 30 et 31 juillet a donné à ces contradictions une dimension humaine considérable. Le ministère espagnol de l'intérieur a évoqué environ 50 000 entrées, le président de la ville autonome jusqu'à 60 000, et les autorités locales ont porté le bilan à 88 morts. Cet épisode est survenu un mois après un arrêt de la Cour suprême, le 29 juin, limitant l'usage du « refoulement à chaud », que Madrid et Rabat estiment avoir été exploité par les réseaux de passeurs. La saturation s'est aussi fait sentir sur l'accueil des mineurs, Ceuta comptant 862 mineurs sous tutelle début août pour une capacité ordinaire de 29 places.

Le Royaume, dont la coopération reste décisive pour le verrouillage migratoire aux portes de l'Europe, se retrouve ainsi sollicité pour compenser des choix pris unilatéralement par Madrid en matière de régularisation, de nationalité et de doctrine frontalière. Sans mécanisme bilatéral associant formellement le Maroc à ces décisions, cette asymétrie continue d'alimenter les tensions entre les deux pays sur le dossier migratoire.

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