Le textile marocain traverse une passe difficile alors que le commerce extérieur du Royaume affiche par ailleurs une santé insolente. Selon les chiffres de l'Office des Changes publiés par L'Economiste dans son édition du mardi 1er septembre, l'ensemble des exportations marocaines a progressé de 9,7% au premier semestre 2026, mais la filière textile et cuir s'inscrit à contre-courant avec un recul de 6,5% sur un an. Ce repli représente une perte nette de 1,461 milliard de dirhams, ramenant la valeur des expéditions du secteur à 21,069 milliards de dirhams.

Ce décrochage textile tranche avec la vigueur des nouvelles locomotives industrielles du pays. Sur la même période, le secteur automobile a franchi le cap des 93,7 milliards de dirhams d'exportations, en hausse de 17,4%, tandis que l'aéronautique a progressé de 19,3%. Ce contraste illustre un rééquilibrage progressif du poids des filières exportatrices marocaines, entre une industrie textile historique en difficulté et des secteurs de pointe en pleine accélération.

Le recul touche l'ensemble des segments de la filière. Le vêtement confectionné, pilier de l'activité, voit ses ventes reculer de 5,7%, soit un manque à gagner de 855 millions de dirhams. La bonneterie affiche un repli plus marqué encore, à 9,7%, pour une perte de 415 millions de dirhams. La chaussure n'est pas épargnée, avec une baisse de 2,4% représentant 36 millions de dirhams. « La dispersion des pertes confirme que l'ensemble de la chaîne de valeur subit des pressions concurrentielles et structurelles », souligne L'Economiste.

Ces statistiques de l'Office des Changes reflètent des flux commerciaux et ne traduisent pas mécaniquement une désindustrialisation du secteur : elles ne rendent pas compte des capacités de production internes, des investissements ou du volume d'emploi maintenu dans les usines marocaines. Le constat n'en demeure pas moins net : le textile perd du terrain à l'export pendant que les industries automobile et aéronautique accélèrent leur expansion.

Historiquement arrimée au marché européen et intégrée aux chaînes de valeur mondiales, la filière textile-habillement marocaine dépend désormais directement de la vitalité de la demande européenne, mais aussi de sa capacité à absorber la hausse des coûts, des délais de livraison plus courts et une concurrence internationale accrue.

Pour retrouver une trajectoire de croissance durable, le secteur devra se repositionner vers des segments à plus forte valeur ajoutée : habillement de mode, montée en gamme des produits finis, textiles techniques et intelligents. Les chiffres du premier semestre 2026 ne scellent pas le déclin de cette industrie historique du Maroc, mais confirment l'urgence d'accélérer sa mutation.

Économie Textile Exportations Automobile Aéronautique