Kylian Mbappé et Teddy Riner, deux des plus grandes stars du sport français, sont la cible depuis plusieurs jours de vives attaques venues de l'extrême droite. Des députés du Rassemblement national et des figures médiatiques proches de ce courant reprochent au capitaine des Bleus sa position jugée trop neutre sur la crise de Ceuta, et au judoka quintuple champion olympique d'avoir exprimé son inquiétude face à une possible victoire de Marine Le Pen en 2027.

À l'origine de la polémique autour de Mbappé : une demande du Real Madrid à ses joueurs de porter un tee-shirt de soutien à la population de Ceuta, enclave espagnole confrontée à une crise migratoire impliquant le Maroc. L'attaquant français, comme deux de ses coéquipiers, a choisi de ne pas le porter entièrement, un geste immédiatement remarqué en Espagne.

Mbappé s'en est expliqué en assurant vouloir rester « pleinement solidaire » des habitants de Ceuta tout en adressant « une pensée à tous les migrants qui ont perdu la vie et qui vivent eux aussi dans des conditions difficiles », refusant, selon ses mots, de « hiérarchiser les souffrances ».

Cette prise de position s'inscrit dans la continuité d'un engagement déjà connu du joueur du Real Madrid, qui s'était par le passé publiquement opposé à une arrivée au pouvoir du Rassemblement national. Une ligne qui, en France, lui vaut depuis plusieurs années des critiques régulières de la part de responsables de ce parti, cette séquence autour de Ceuta n'étant que le dernier épisode en date.

Les réactions n'ont pas tardé. Sur CNews, la chaîne du milliardaire Vincent Bolloré, le porte-parole du RN Julien Odoul a dénoncé un « comportement de petite racaille ». Sur les réseaux sociaux, le député de l'Eure Kévin Mauvieux a écrit : « Si la honte avait un visage, ce serait celui de Kylian Mbappé. » Son collègue de l'Isère Alexis Jolly est allé plus loin en qualifiant le footballeur d'« agent de subversion au service des ennemis des peuples européens », tandis que l'eurodéputée Marion Maréchal a demandé pourquoi certains sportifs se disaient « solidaires de toutes les souffrances du monde mais jamais de celles des Européens ».

Teddy Riner a lui aussi été pris pour cible, pour des propos tenus dans l'émission Stade 2 sur France Télévisions. Le judoka y confiait son « angoisse » face à « la montée de l'extrême droite », affirmant que cette perspective « le fait flipper ». Une déclaration tournée en dérision par Julien Odoul, qui a répondu sur X : « Pauvre biquet. Tout va bien se passer Teddy ! »

Le quintuple champion olympique, qui vise un nouveau titre aux Jeux de Los Angeles en 2028, entretient depuis plusieurs mois des spéculations sur un possible engagement politique une fois sa carrière sportive terminée. Interrogé mercredi sur RTL, il a de nouveau laissé la porte ouverte sans se prononcer davantage : « Ce n'est pas le moment, mais je ne ferme aucune porte. »

Cette double séquence illustre la place croissante qu'occupent les prises de position, ou même les silences, de figures sportives dans le débat politique français, à l'approche de l'élection présidentielle de 2027. Mbappé et Riner, tous deux capitaines dans leurs disciplines respectives et habitués des grands rendez-vous internationaux, se retrouvent malgré eux au centre d'un rapport de forces qui dépasse largement le seul cadre du sport.

Ni le joueur du Real Madrid ni le judoka n'ont pour l'heure répondu directement aux attaques les visant, au-delà des propos déjà tenus respectivement au sujet de Ceuta et de l'échéance électorale de 2027.

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