Kylian Mbappé s'est expliqué ce mercredi sur la polémique qui l'oppose, avec ses coéquipiers Vinicius Junior et Ibrahima Konaté, à une partie de l'Espagne depuis mardi soir. Les trois joueurs du Real Madrid sont critiqués pour avoir porté seulement à moitié, avant leur match de Liga face à Elche, un maillot de soutien à la population de Ceuta. Interrogé par le média espagnol AS, l'attaquant français a tenu à clarifier sa position, assurant ne rien avoir contre les habitants de l'enclave.
Le message imprimé sur ces maillots, « Nous sommes tous des maquereaux » — le surnom donné aux habitants de Ceuta —, avait été porté de manière incomplète par les trois joueurs avant la rencontre. Un geste interprété par plusieurs supporters et journalistes comme une volonté de dissimuler le texte, ce qui a immédiatement suscité une vague de critiques en Espagne, relayées largement dans la presse sportive locale dès mardi soir.
« Ce sont les clubs qui ont décidé d'intégrer ce maillot, de le faire porter. En tant que joueurs, nous devions le porter. Je suis pleinement solidaire de Ceuta et de toutes les victimes. Parce qu'avant d'être joueur, je suis un être humain », a d'abord expliqué Kylian Mbappé au micro d'AS. Il a toutefois nuancé son propos en évoquant une autre pensée qui l'habitait ce soir-là, avant de préciser le sens exact de son geste.
« Je tenais également à faire un geste et à adresser une pensée à tous les migrants qui ont perdu la vie et qui vivent eux aussi dans des conditions difficiles, a-t-il confié. Au final, les gens peuvent penser que je suis contre les habitants de Ceuta, mais non, absolument pas. Je n'ai rien contre eux et je les soutiens à 100 %. Mais je voulais aussi avoir une pensée pour toutes les personnes qui souffrent. Je ne veux pas établir de priorité dans la souffrance. »
Cette polémique s'inscrit dans un contexte particulièrement tendu à Ceuta, une des deux enclaves espagnoles en Afrique du Nord avec Melilla. Fin juillet, des dizaines de milliers de migrants venus du Maroc avaient tenté d'y entrer en force, dans l'espoir d'être accueillis sur le sol espagnol. Plusieurs dizaines d'entre eux sont morts selon les bilans des autorités, et la plupart ont depuis été renvoyés vers le Maroc. Plusieurs milliers de personnes se trouvent toujours dans la ville autonome, où la situation reste dégradée et continue de nourrir des tensions avec la population locale, six semaines après les faits.
Le président de la Ligue de football espagnole, Javier Tebas, a vivement critiqué la décision des trois joueurs dès mercredi matin. « Ce que je pense du geste des joueurs du Real Madrid ? C'est mal. Refuser de mettre le tee-shirt en entier, c'est comme de ne pas le mettre, a-t-il déclaré. Ce sont des actions institutionnelles, pas des actions individuelles où l'on peut donner son opinion personnelle. » Une sortie publique qui a encore accentué la pression sur le trio madrilène, quelques heures avant les explications de Mbappé.
Ni Vinicius Junior ni Ibrahima Konaté ne s'étaient exprimés publiquement sur le sujet au moment de la mise au point de leur coéquipier français, laissant Kylian Mbappé porter seul, dans les médias, la défense d'un geste pourtant collectif décidé par les trois joueurs avant le coup d'envoi face à Elche.
Depuis six semaines, la crise de Ceuta occupe une place centrale dans le débat politique espagnol, nourrissant des échanges quotidiens entre le gouvernement du Premier ministre socialiste Pedro Sánchez et les oppositions de droite et d'extrême droite. En s'exprimant publiquement sur le sujet, Kylian Mbappé s'est retrouvé, bien involontairement selon ses explications, happé par un débat qui dépasse largement le cadre sportif et qui continue de diviser l'opinion espagnole.
Cette séquence illustre la façon dont un simple geste avant-match peut, dans le contexte social et politique actuel en Espagne, prendre une dimension bien plus large que prévu. Pour Kylian Mbappé, habitué à voir sa parole scrutée au-delà du seul terrain, cette mise au point ne devrait pas suffire à éteindre totalement la controverse, tant la question de Ceuta reste sensible dans le pays et continue d'alimenter la chronique médiatique et politique espagnole.

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