L'avenir de la Minurso, la mission des Nations unies déployée depuis plus de trente ans dans le cadre du dossier du Sahara marocain, se joue dans les prochaines semaines au Conseil de sécurité. Dans ce contexte, l'administration Trump a réclamé une refonte importante des opérations de maintien de la paix de l'ONU, une position qui rejoint largement les orientations défendues de longue date par Rabat.

Lors d'une réunion du Conseil de sécurité consacrée à l'examen des missions de paix, l'ambassadeur Jeffrey Bartos, chargé de la réforme de l'ONU au sein de la mission américaine, a estimé que ces missions «nécessitent des mandats clairs, une véritable obligation de rendre des comptes et des critères de référence précis, et non des renouvellements de mandat indéfinis qui tiennent lieu de stratégie».

Le diplomate américain a été plus loin, affirmant que Washington «n'est plus convaincu que le maintien de la paix, tel qu'il est actuellement conçu et doté de ressources, produise des résultats proportionnés à son coût et à son empreinte». Il a appelé les Nations unies à évaluer les missions «avec rigueur» et à exiger qu'elles rendent compte de résultats définis, sous peine de voir leur mandat purement et simplement arrêté.

Jeffrey Bartos a ainsi invité l'ONU à «être prêtes à mettre fin aux missions qui ne parviennent pas à s'adapter», en recentrant les mandats sur des fonctions de sécurité au service d'un plan politique clair. Cette exigence reprend les recommandations formulées par le Secrétaire général de l'ONU dans son examen des opérations de paix publié fin août. Pour rappel, le Conseil de sécurité a déjà mis fin, plus tôt cette année, au mandat de la FINUL, la force intérimaire déployée au Liban depuis 1978.

La Minurso a été créée en 1991 pour superviser le cessez-le-feu entre le Maroc et le Front Polisario et devait initialement organiser un référendum d'autodétermination, jamais tenu en raison de désaccords persistants sur le corps électoral. Depuis 2007, le Maroc propose un plan d'autonomie pour la région comme base de règlement politique, une option de plus en plus soutenue par la communauté internationale, notamment depuis la reconnaissance par Washington, en 2020, de la souveraineté marocaine sur le Sahara. Le mandat de la Minurso, lui, continue d'être renouvelé chaque année par le Conseil de sécurité sans qu'une solution politique définitive n'ait été trouvée.

C'est précisément ce type de renouvellement automatique, sans obligation de résultats, que critique aujourd'hui Washington. Or cette critique fait écho aux positions exprimées par la diplomatie marocaine à plusieurs reprises ces dernières années. Lors de la deuxième Conférence ministérielle sur le maintien de la paix en environnement francophone, organisée en mai dernier à Rabat, le ministre des Affaires étrangères Nasser Bourita avait plaidé pour des mandats «réalistes, atteignables et clairement hiérarchisés», adossés à des stratégies politiques définies et régulièrement réévaluées.

Cette convergence entre Rabat et Washington sur la philosophie même du maintien de la paix onusien n'est pas anodine à quelques semaines du renouvellement du mandat de la Minurso. Elle intervient alors que le Maroc plaide depuis des années pour que les opérations de l'ONU liées au dossier du Sahara marocain soient davantage orientées vers l'accompagnement d'un processus politique — celui porté par son plan d'autonomie — plutôt que vers une prolongation indéfinie sans perspective de sortie.

L'insistance américaine sur l'efficacité et la reddition de comptes s'inscrit également dans une ligne plus large de l'administration Trump vis-à-vis du système des Nations unies, marquée par une volonté de réduire les coûts et de conditionner le financement des missions à des résultats tangibles. Le dossier du Sahara marocain, suivi de près par Washington depuis la reconnaissance de 2020, apparaît ainsi comme un terrain où cette doctrine américaine et la position marocaine se rejoignent concrètement.

Le débat qui s'ouvre au Conseil de sécurité dans les prochaines semaines sur le renouvellement du mandat de la Minurso devra donc composer avec cette exigence accrue de résultats politiques. Pour Rabat, qui défend depuis longtemps l'idée que les missions de l'ONU doivent servir un règlement politique et non se substituer à lui, ce rapprochement de vues avec la première puissance du Conseil de sécurité constitue un signal diplomatique notable, à quelques semaines d'une échéance déterminante pour le dossier.

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