À l'approche du Centenaire de la Coupe du monde de la FIFA, le Maroc engage un plan d'investissement d'environ 200 milliards de dirhams pour préparer le Mondial 2030, coorganisé avec l'Espagne et le Portugal. Ce chantier, détaillé par le quotidien Les Inspirations Éco, dépasse largement le seul cadre sportif : il vise à accélérer la transformation structurelle de l'économie marocaine, de ses infrastructures et de l'aménagement de son territoire pour les décennies à venir.

Le signal d'accélération s'est matérialisé lors d'un forum d'affaires tripartite réunissant la Confédération générale des entreprises du Maroc, la CEOE espagnole et la CIP portugaise, organisé au Complexe Mohammed VI de football. Cette rencontre marque le passage à une phase pleinement opérationnelle de la préparation du tournoi, coorganisé sur deux continents. Le message est clair : la compétition sera portée par un partenariat public-privé puissant, intégrant massivement le tissu entrepreneurial national.

Ce chantier s'inscrit dans une conjoncture macroéconomique que le Maroc juge favorable, avec une croissance projetée supérieure à 5%, une inflation contenue autour de 1% et un niveau record d'investissements directs étrangers. À l'image de ce qu'ont représenté les Jeux olympiques de Barcelone en 1992 ou le Mondial espagnol de 1982 pour leurs pays hôtes, l'événement agit comme un catalyseur qui sécurise et fixe un calendrier d'investissements jugé irréversible par ses promoteurs.

Les montants annoncés traduisent ce changement d'échelle : le gouvernement engage plus de 190 milliards de dirhams pour financer le transport, la mobilité, l'accueil et les équipements urbains. La CAN 2025 a servi de test grandeur nature, générant plus de 2 milliards d'euros de retombées économiques pour environ 1 milliard d'euros d'investissements sportifs, tout en mobilisant 3 000 entreprises locales et en créant plus de 60 000 emplois directs et indirects.

Le volet strictement sportif repose sur la rénovation aux normes FIFA de six enceintes existantes, à Tanger, Rabat, Casablanca, Fès, Marrakech et Agadir, ainsi que sur l'édification du Grand Stade Hassan II à Benslimane. Conçue pour accueillir 115 000 spectateurs, cette infrastructure colossale vise à accueillir le match d'ouverture ou la finale du tournoi. Les groupements d'entreprises nationales chargés du terrassement et du gros œuvre intègrent des procédés comme le BIM ou le Lean Construction, afin de respecter les contraintes de la transition énergétique.

Gérer l'afflux logistique de 101 matchs répartis sur trois pays suppose des infrastructures de mobilité à la hauteur de l'enjeu. Le réseau ferroviaire à grande vitesse s'étendra sur 430 kilomètres pour relier Kénitra et Rabat à Marrakech, rapprochant les grands hubs urbains du Nord et du Sud, tandis que des réseaux express régionaux s'implantent autour de Casablanca, Rabat et Marrakech. Le réseau autoroutier passera de 1 850 à 3 000 kilomètres d'ici 2030, porté notamment par l'autoroute continentale Rabat-Casablanca et la voie Tit Mellil-Berrechid, tandis que l'aéroport Mohammed V de Casablanca se dotera d'un troisième terminal pour renforcer sa position de hub intercontinental.

Le secteur touristique s'inscrit dans la même dynamique d'expansion. Après avoir accueilli près de 20 millions de visiteurs en 2025, le pays vise la barre des 26 millions de touristes à l'horizon 2030. Pour y parvenir, 60 000 lits hôteliers supplémentaires viendront étoffer un parc national qui dépasse déjà les 300 000 lits, un secteur qui pèse environ 7% du PIB marocain.

En s'appuyant sur les performances de son équipe nationale, le Royaume utilise le sport comme un levier direct de diplomatie et de visibilité internationale. Cette orientation, impulsée par le Roi Mohammed VI et mise en œuvre par la Fédération royale marocaine de football, s'accompagne d'un recentrage stratégique sur des événements mondiaux à fort impact, à l'image des ambitions affichées pour l'accueil de la Coupe du monde des clubs de la FIFA 2029.

La portée réelle de ce plan se mesure surtout à son impact territorial. Au moins 35 villes bénéficieront directement de ces retombées, à travers des projets d'assainissement, de requalification urbaine, de mise aux normes environnementales et d'aménagement d'espaces publics. En irriguant les petites et moyennes entreprises sur l'ensemble de la chaîne de valeur, le Maroc ne prépare pas seulement un mois de compétition sportive : il consolide, à travers ce chantier, la structure économique et sociale de son avenir.

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