Le chef du gouvernement marocain, Aziz Akhannouch, a publiquement désavoué le 11 septembre son ministre délégué chargé du budget, Fouzi Lekjaa, sur un dossier sensible pour le Mondial 2030 : l'attribution de la finale au futur Grand Stade Hassan-II de Benslimane. Cet accroc, survenu à onze jours des élections législatives du 23 septembre, a aussitôt été relayé par plusieurs médias proches d'Alger comme la preuve d'un exécutif marocain désuni sur l'un des dossiers diplomatiques et sportifs les plus valorisants du royaume.

Tout est parti d'un meeting tenu le 9 septembre à Bouznika, où Fouzi Lekjaa, par ailleurs président de la Fédération royale marocaine de football et désormais tête de liste du Parti authenticité et modernité à Berkane, a affirmé devant les militants de sa nouvelle formation que la province de Benslimane accueillerait la finale de la Coupe du monde 2030. L'enceinte annoncée, qui n'existe pas encore, est censée atteindre 115 000 places, ce qui en ferait le plus grand stade du monde.

Deux jours plus tard, lors d'un meeting à Médiouna, Aziz Akhannouch a répliqué sans citer nommément son ministre, appelant ses adversaires à ne pas promettre "un grand match de finale qui se jouera au Maroc alors que nous n'en avons même pas encore discuté avec nos partenaires, l'Espagne et le Portugal". Il a renvoyé la décision du site à ceux "qui décideront où se jouera la finale ou la demi-finale", tout en rappelant que le choix de construire à Benslimane relevait d'une décision royale financée par l'argent du contribuable.

Interrogée par les quotidiens sportifs madrilènes AS et Marca, la FIFA a confirmé qu'aucun stade n'avait été désigné et que sa position restait celle de son communiqué du 5 août, la décision devant être prise "en temps voulu". Du côté espagnol, le président de la Fédération royale de football, Rafael Louzán, a affirmé sur la radio COPE que l'Espagne n'entendait pas s'effacer et continuerait de défendre la candidature du Santiago-Bernabéu, une position également soutenue par le président du gouvernement espagnol Pedro Sánchez.

Cette édition 2030 doit se dérouler conjointement entre le Maroc, l'Espagne et le Portugal, une organisation tricontinentale inédite qui associe également trois matches d'ouverture en Amérique du Sud. Depuis l'attribution du Mondial aux trois pays ibéro-marocains, la répartition précise des rencontres les plus prestigieuses, et en premier lieu de la finale, reste l'objet de tractations discrètes entre fédérations et gouvernements, la FIFA n'ayant jamais confirmé publiquement de site avant l'heure choisie par l'instance elle-même.

Les médias hostiles à Rabat n'ont retenu que le désaveu, pas le fond du démenti. Le site Maghreb Online a mis en avant dès le 12 septembre le recadrage infligé à la fédération marocaine par le chef du gouvernement, quand le quotidien algérois Le Jour d'Algérie décrivait une majorité sortante qui "ne présente plus un front commun mais une addition de défenses individuelles", citant également l'échec de la subvention à l'importation de cheptel censée contenir le prix du mouton de l'Aïd.

Ce traitement s'inscrit dans une séquence plus longue. Algérie Patriotique avait présenté dès décembre 2025 un déplacement de M. Akhannouch à Madrid comme la preuve que le royaume ne tiendrait pas ses engagements financiers et ses obligations d'infrastructures pour 2030, après avoir relayé dès octobre 2025 des appels à sa démission venus de la rue marocaine. La radio publique algérienne a de son côté repris un article du quotidien Le Monde consacré aux nominations, à des postes gouvernementaux et institutionnels, de personnalités liées au holding Akwa Group, source de la fortune du chef du gouvernement dans les hydrocarbures et l'agroalimentaire, dont celle de Mohamed Saâd Berrada au ministère de l'Éducation nationale.

Le calendrier électoral explique en partie l'ampleur de cette instrumentalisation. Le scrutin du 23 septembre doit désigner les 395 membres de la Chambre des représentants parmi 27 partis en lice, pour environ 15 millions d'électeurs inscrits, dont 46 % de femmes et 45 % de ruraux. En 2021, le Rassemblement national des indépendants de M. Akhannouch avait recueilli 102 sièges, devant le Parti authenticité et modernité (86) et le Parti de l'Istiqlal (81), les trois formations ayant depuis gouverné ensemble.

Au-delà de la polémique de calendrier, cet épisode illustre la vigilance qu'impose au Maroc un dossier à forte valeur diplomatique et symbolique : chaque déclaration sur le Mondial 2030, y compris à des fins de politique intérieure, est immédiatement scrutée par des relais étrangers prompts à en tirer argument dans la rivalité qui oppose Rabat et Alger. La clarification apportée par le chef du gouvernement, qui renvoie la décision finale aux discussions entre partenaires et à la FIFA, vise autant à corriger une annonce prématurée qu'à éviter que le sujet ne devienne un terrain de friction avec l'Espagne et le Portugal à quatre ans de l'échéance.

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