Omar Artan a posé le pied à Salzbourg, en Autriche, ce lundi, une valise à la main et le sourire aux lèvres. L'arbitre somalien de 34 ans y dirigera l'un des matchs les plus prestigieux de sa carrière: la Supercoupe d'Europe entre le Paris Saint-Germain et Aston Villa. Une nomination annoncée rapidement par l'UEFA, quelques jours seulement après que les autorités américaines lui ont interdit l'entrée sur le territoire des Etats-Unis, officiellement en raison de soupçons de liens avec des membres présumés d'organisations terroristes.
Le président de la Fifa Gianni Infantino avait qualifié la situation de "malheureuse", tandis que l'UEFA, en délicatesse avec l'instance mondiale, a choisi de désigner immédiatement Omar Artan pour cette rencontre. "Ce fut une période très difficile", a reconnu l'arbitre sur le site de l'UEFA. "Beaucoup de gens ont de la sympathie pour moi, parce que quand quelqu'un a travaillé de nombreuses années et est censé faire quelque chose, puis ne peut pas le faire, c'est très difficile. J'apprécie vraiment le soutien que j'ai reçu à travers le monde."
Avant de s'envoler pour l'Autriche, l'officiel avait été accueilli en héros dans son pays. Reçu par le président somalien Hassan Sheikh Mohamud, il a été ovationné par des milliers de Somaliens dans un stade de Mogadiscio, drapeau à la main. "L'atmosphère était empreinte de fierté et de solidarité, témoigne le journaliste sportif Mohamed Abdi Muudey. Les Somaliens ont transformé cette déception en une célébration de son accomplissement. Pour la nation, ce n'était pas une perte, mais la preuve que la Somalie avait atteint les sommets du football mondial."
Premier arbitre somalien à officier lors d'une finale de Ligue des champions africaine, premier également présent à une Coupe d'Afrique des Nations et sacré meilleur arbitre masculin par la CAF en 2025, Omar Artan a manqué la Coupe du monde 2026 mais conserve un statut de star dans son pays. "Il incarne la dignité, la résilience et l'espoir, estime Mohamed Abdi Muudey. Il est le symbole de la capacité de la Somalie à briser les barrières et à obtenir une reconnaissance internationale malgré les défis."
L'épisode a aussi renforcé sa notoriété à l'international. Invité par la fédération koweïtienne, il a dirigé la finale du championnat national fin juin, puis une finale de Coupe au Rwanda. "Il a abordé le match qu'il a arbitré au Koweït avec un grand professionnalisme", confie un proche du dossier. "Ne laissez pas la politique interférer dans le sport!"
Pour Mohamed Abdi Muudey, cette histoire dépasse le cadre sportif dans un pays aux infrastructures fragiles. Il rappelle que la Somalie avait déjà brillé avec Abdi Bile Cabdi, champion du monde du 1500m à Rome en 1987, mais juge la notoriété d'Omar Artan unique. "Sa reconnaissance dépasse le monde du sport pour toucher à l'identité nationale", conclut-il, avant d'évoquer l'espoir de voir l'arbitre officier lors de la Coupe du monde 2030.

Chargement des commentaires...