La rupture entre Sofyan Amrabat et la sélection marocaine s'est confirmée jeudi. Mohamed Ouahbi, sélectionneur du Maroc, a répondu publiquement au milieu de terrain qui avait annoncé son retrait de la sélection tant que le technicien resterait en poste, en assumant pleinement les choix sportifs à l'origine de cette rupture. Une prise de parole rare, qui tranche avec la discrétion habituellement de mise sur ce genre de dossier au sein du staff marocain.
Le sélectionneur a dévoilé ce jeudi une liste largement renouvelée pour lancer les éliminatoires de la CAN 2027, quelques mois après la Coupe du monde 2026. Sans surprise, Amrabat n'y figure pas. Le joueur avait lui-même annoncé se rendre indisponible pour la sélection tant que Ouahbi resterait sélectionneur, tout en précisant qu'il ne prenait pas sa retraite internationale.
Interrogé en conférence de presse, Mohamed Ouahbi a écarté l'idée d'un conflit personnel avec Amrabat tout en livrant une réponse claire sur la question des statuts. « Ce n'est pas facile d'avoir un statut et d'accepter qu'aujourd'hui, des jeunes arrivent et que vous êtes privé de temps de jeu », a-t-il reconnu, avant de résumer sa philosophie d'une formule : « Le passé mérite du respect, mais il ne doit jamais conférer de privilèges. » Une phrase déjà largement reprise depuis, tant elle résume la ligne de conduite affichée par le technicien depuis sa nomination.
Le technicien a également assuré qu'il n'y avait jamais eu de « discussions irrespectueuses » avec le joueur et que le différend porte uniquement sur une question de temps de jeu. « Je n'ai jamais eu de problème avec lui, il n'a simplement pas aimé perdre le premier rôle qu'il avait. La concurrence s'est intensifiée. Aucune place n'est jamais garantie pour personne », a-t-il ajouté, insistant sur le fait qu'il s'agit uniquement de choix sportifs et non d'une question de personnes.
Ces déclarations éclairent une fracture apparue au grand jour durant le Mondial 2026. Cadre incontournable sous Walid Regragui et l'un des artisans du parcours historique du Maroc en demi-finale de la Coupe du monde 2022, Amrabat s'était imposé durant plusieurs années comme un point d'ancrage du milieu de terrain marocain, forgé notamment à l'Utrecht puis à la Fiorentina avant un passage remarqué à Manchester United. Il avait toutefois progressivement reculé dans la hiérarchie sous Ouahbi, notamment au profit du jeune Ayyoub Bouaddi. Lors du Mondial 2026, il n'avait débuté qu'une seule rencontre et avait très peu joué durant les matchs à élimination directe.
Après la compétition, son frère Nordin Amrabat avait déjà exprimé publiquement sa déception face aux choix du sélectionneur. Sofyan Amrabat est allé plus loin en septembre en déclarant : « Je ne me sens pas capable de continuer à représenter la sélection sous les ordres du sélectionneur actuel. » Il avait toutefois pris soin de préciser qu'il ne fermait pas définitivement la porte aux Lions de l'Atlas, laissant filtrer l'idée d'un retour possible sous d'autres conditions.
Sur ce point, Ouahbi adopte une position similaire : « La porte n'est fermée à personne. » Une éventuelle réconciliation reste donc envisageable, mais le message du sélectionneur ne laisse guère de place à l'ambiguïté : elle ne pourra pas passer par la restitution automatique du statut qu'Amrabat occupait auparavant. Le joueur devra, comme n'importe quel autre élément du groupe, faire ses preuves lors des prochaines échéances pour espérer retrouver une place.
Cette prise de position illustre plus largement la ligne suivie par Ouahbi depuis sa nomination : une hiérarchie fondée sur la forme du moment plutôt que sur le vécu international, dans un contexte où le vivier marocain s'élargit à mesure que de jeunes joueurs formés en Europe et au Maroc frappent à la porte de la sélection. À l'approche des éliminatoires de la CAN 2027, cette gestion sera scrutée de près, tant le retour ou non d'un joueur du calibre d'Amrabat pourrait peser sur l'équilibre et l'expérience du groupe dans une compétition exigeante.
Au-delà du seul cas Amrabat, cet épisode dit aussi quelque chose de la méthode Ouahbi depuis son arrivée sur le banc marocain : privilégier la cohérence sportive à la gestion des egos, quitte à se priver temporairement de l'expérience d'un joueur du niveau international d'Amrabat. Une approche qui peut se justifier par les résultats, mais qui expose aussi le sélectionneur à devoir assumer publiquement chacun de ses choix, comme il vient de le faire.
À 30 ans, l'ancien milieu de l'AC Fiorentina et de Manchester United reste respecté pour son parcours et son rôle dans l'épopée de 2022. Mais dans le Maroc de Ouahbi, la hiérarchie devra désormais se gagner sur le terrain, sans considération pour le statut acquis par le passé.

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