Royal Air Maroc prévoit de porter sa flotte d'environ 50 à 200 appareils d'ici 2037 et de faire de Casablanca une plate-forme de correspondance vers l'Afrique de l'Ouest, notamment avant la Coupe du monde 2030 coorganisée par le Maroc avec l'Espagne et le Portugal, détaille une note de l'Atlantic Council consacrée au marché aérien africain.
Ce projet s'inscrit dans un secteur qui ne concentre que 2 % de l'activité aérienne mondiale pour 18 % de la population de la planète. L'étude décrit l'Afrique comme le marché aérien le plus cher, le moins connecté et le plus mal desservi au monde, un constat qu'elle attribue moins à un manque de demande qu'au niveau des prix rapporté aux revenus et à la difficulté des déplacements.
Les obstacles structurels restent nombreux : plus de 70 % des accords de services aériens conclus sur le continent demeurent restrictifs, contre environ la moitié en Asie, et les taxes, redevances et autres prélèvements publics représentent entre 35 % et 40 % du prix des billets en Afrique, contre 20 % en moyenne dans le monde. Le blocage de recettes en devises par certaines banques centrales et le coût du carburéacteur, renchéri par la dépendance du continent aux importations de produits raffinés, pèsent également sur les compagnies. Royal Air Maroc figure, aux côtés d'Ethiopian Airlines, d'EgyptAir, de Kenya Airways et de South African Airways, parmi les principaux transporteurs nationaux appelés à composer avec ces contraintes.
L'ambition marocaine s'inscrit dans une dynamique de libéralisation encore inaboutie : selon les estimations présentées, une ouverture du marché limitée à douze pays africains permettrait de réduire les tarifs de 25 % à 35 %, d'attirer cinq millions de voyageurs supplémentaires et de créer 155 100 emplois. Le transport aérien contribue déjà à hauteur de 75 milliards de dollars au produit intérieur brut africain et soutient environ 8,1 millions d'emplois sur le continent.
En misant sur Casablanca comme porte d'entrée vers l'Afrique de l'Ouest à l'horizon du Mondial 2030, le Maroc cherche à se positionner face à des concurrents déjà bien implantés sur le continent, qu'il s'agisse des compagnies du Golfe, Emirates et Qatar Airways, ou de Turkish Airlines, qui dessert plus de 40 destinations africaines. L'expansion annoncée de Royal Air Maroc s'accompagne d'un contexte régional où 44 gouvernements africains ont formellement adhéré, depuis 1999, au principe d'un ciel ouvert, sans que les restrictions protectionnistes aient pour autant disparu.
L'échéance du Mondial 2030 place ainsi le développement de Royal Air Maroc au croisement d'une stratégie économique et d'une diplomatie de connectivité, le Maroc cherchant à transformer son statut de coorganisateur en position durable de plate-forme régionale.

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