Le conseiller principal du président américain pour l'Afrique et le monde arabe, Massad Boulos, s'est rendu dimanche en Algérie pour un entretien avec le président Abdelmadjid Tebboune. À l'issue de cette rencontre, qualifiée de « très productive » par l'émissaire américain, aucune mention n'a été faite du dossier du Sahara marocain. Boulos a pourtant multiplié les prises de position sur ce dossier dans les jours précédents, notamment auprès des Nations unies. Face à Tebboune, il a préféré insister sur le rôle de l'Algérie comme partenaire des États-Unis en matière de sécurité régionale et de coopération économique.
L'émissaire américain a précisé qu'il rencontrerait également Noureddine Daoudi, PDG du groupe pétrolier public Sonatrach, afin d'explorer de nouvelles pistes de partenariat énergétique. Cette séquence bilatérale s'inscrit dans une tournée régionale plus large de Boulos, qui occupe depuis plusieurs mois un rôle central dans la diplomatie américaine au Maghreb. Washington cherche ainsi à consolider ses liens économiques avec Alger, sans que cela n'affecte, selon toute apparence, sa position sur le Sahara marocain.
Le silence observé à Alger tranche avec la teneur de ses échanges deux jours plus tôt avec Rosemary DiCarlo, secrétaire générale adjointe de l'ONU aux affaires politiques. Sur le réseau social X, Boulos avait indiqué avoir évoqué avec elle « l'engagement commun » de Washington et des Nations unies « en faveur de la paix et de la sécurité » dans la région. Il avait cité explicitement le dossier du Sahara marocain aux côtés de celui de la Libye, pour lequel il avait évoqué le renforcement d'institutions politiques, sécuritaires et économiques unifiées. Ce contraste entre un dossier abordé à l'ONU et volontairement écarté avec Alger illustre la prudence diplomatique de Washington sur ce sujet sensible.
Concernant le Sahara marocain, Boulos avait insisté auprès de DiCarlo sur « l'importance d'une solution durable et mutuellement acceptable », en référence explicite à la résolution 2797 du Conseil de sécurité des Nations unies. Ce texte, adopté fin 2025, prolonge le mandat de la mission de l'ONU sur place et réaffirme le plan d'autonomie marocain comme base la plus sérieuse, crédible et réaliste pour parvenir à un règlement politique du dossier. Cette résolution s'inscrit dans une évolution plus large de la position internationale, plusieurs grandes puissances ayant progressivement reconnu ce plan comme le cadre de référence pour une sortie de crise. Les États-Unis avaient franchi une étape supplémentaire dès décembre 2020, en reconnaissant la souveraineté marocaine sur le Sahara sous l'administration Trump.
Ce choix de réserver la question du Sahara marocain à l'enceinte onusienne, plutôt qu'à un entretien bilatéral avec les autorités algériennes, n'est pas anodin. Alger, qui soutient le Front Polisario et n'entretient plus de relations diplomatiques avec Rabat depuis août 2021, reste un interlocuteur sensible pour Washington sur ce dossier. Les États-Unis semblent ainsi vouloir préserver leur partenariat économique et sécuritaire avec l'Algérie sans rouvrir un contentieux qu'ils considèrent déjà orienté par la résolution 2797.
Un autre élément a retenu l'attention des observateurs avant même l'arrivée de Boulos à Alger. Des passionnés de suivi aérien ont repéré, sur les plateformes spécialisées, un avion militaire américain de type Beech C-12D Huron reliant directement l'aéroport de Rabat-Salé à la capitale algérienne. Cet appareil, habituellement utilisé pour le transport de personnalités et les liaisons diplomatiques entre ambassades et bases américaines, suggère que l'émissaire américain a fait escale au Maroc avant de poursuivre sa tournée vers l'Algérie. Ce trajet direct entre les deux capitales rivales du Maghreb, rarement documenté de manière aussi visible, a alimenté les commentaires sur les réseaux sociaux.
Cette étape marocaine, non commentée publiquement par la diplomatie américaine, s'inscrit dans la continuité du soutien affiché par Washington à la souveraineté du Royaume sur son Sahara. Le passage par Rabat avant Alger illustre la manière dont les États-Unis tentent de ménager les deux capitales sans pour autant infléchir leur position de fond sur le dossier saharien. Pour Rabat, ce type de déplacement confirme le statut de partenaire privilégié que le Royaume occupe désormais dans la diplomatie américaine régionale.
Pour le Maroc, l'absence d'évocation du Sahara lors de l'entretien avec Tebboune peut se lire comme un signe que Washington ne souhaite pas engager Alger sur un terrain où sa position est déjà arrêtée en faveur du plan d'autonomie marocain. Elle peut aussi traduire une prudence diplomatique destinée à ne pas compliquer les discussions économiques en cours avec Sonatrach. Dans les deux cas, le dossier reste pour l'instant porté par les canaux onusiens, où la résolution 2797 continue de servir de référence à la diplomatie américaine sur la question du Sahara marocain.

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