Le 6 septembre 1991 marque une date charnière dans le dossier du Sahara marocain : ce jour-là, le Maroc et le Front Polisario signaient, sous l'égide des Nations unies, un cessez-le-feu qui, trente-cinq ans plus tard, reste globalement respecté par les deux parties malgré quelques épisodes de tension. Cet accord n'a jamais été rompu depuis, un fait suffisamment rare dans les conflits territoriaux prolongés pour mériter d'être souligné.

Cette issue diplomatique n'est pas tombée du ciel : elle est le fruit d'un long réchauffement entre Rabat et Alger, marqué par le rétablissement des relations diplomatiques le 6 mai 1988, après douze années de rupture complète entre les deux pays. Le roi Hassan II et le président algérien Chadli Bendjedid multiplient alors les rencontres bilatérales et régionales, à commencer par leur entrevue de juin 1988 dans la banlieue algéroise de Zéralda.

Cette dynamique culmine en février 1989 à Marrakech, où Hassan II et Chadli Bendjedid signent, aux côtés des présidents tunisien Zine el-Abidine Ben Ali, mauritanien Ould Taya et du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, le traité fondateur de l'Union du Maghreb arabe. L'ultime rencontre officielle entre les deux chefs d'État a lieu en mai 1991 à Oran, précisément pour discuter des modalités permettant de faire taire les armes entre le Maroc et le Polisario, un sommet dont l'implication directe du pouvoir algérien constituait, pour Rabat, une garantie politique essentielle.

Cette normalisation reste toutefois de courte durée : les frontières terrestres, rouvertes la même année, ne le resteront que trois ans. Le 12 janvier 1992, Chadli Bendjedid est contraint à la démission, un événement qui marque un coup d'arrêt brutal à la normalisation algéro-marocaine et prive le Maroc d'un interlocuteur privilégié au moment même où le processus de paix venait d'aboutir.

Sur le plan onusien, l'accord de 1991 est l'aboutissement d'une médiation engagée dès 1985. Le 30 août 1988, le secrétaire général de l'ONU Javier Pérez de Cuéllar avait remis aux deux parties des propositions de règlement, ensuite intégrées dans un Plan de mise en œuvre prévoyant un référendum d'autodétermination après une période de transition dédiée à l'identification des électeurs. Le 29 avril 1991, le Conseil de sécurité crée à cet effet la Minurso, chargée d'organiser ce scrutin.

Le bilan de cette opération se révèle pourtant très décevant : entre 1993 et décembre 1999, seuls 2 130 électeurs ont pu être inscrits sur une liste de 51 220 requérants, tant les critères d'identification, ascendance, filiation, rattachement tribal, ont donné lieu à des contestations sans fin entre les parties. Ce blocage conduira finalement le secrétaire général Kofi Annan à mettre un terme à l'ensemble du processus référendaire, sans que cet échec ne remette en cause pour autant le maintien du cessez-le-feu lui-même.

Les seules tensions notables concernent l'occupation, par des éléments du Polisario, des zones tampons situées à l'est du mur de défense marocain, Gouanit, Amghala, Bir Tirissit, Doukaj, M'Hairiz, Mijek, Zoug et Tifarity, cette dernière étant la plus citée. Dès 1991, Hassan II avait alerté Javier Pérez de Cuéllar pour demander le retrait de ces bandes armées de Tifarity ; la diplomatie marocaine réitérera cette exigence en 1992, 2005 puis 2006, sans obtenir gain de cause, le Polisario continuant de présenter ces zones comme des territoires libérés.

Trois décennies et demie après sa signature, le cessez-le-feu du 6 septembre 1991 demeure la référence qui structure toujours le dossier du Sahara marocain, même si la voie référendaire envisagée à l'époque a depuis été abandonnée au profit d'autres approches diplomatiques, dont le plan d'autonomie marocain, aujourd'hui soutenu par un nombre croissant de partenaires internationaux. Ce socle, posé par Hassan II et consolidé par des décennies de médiation onusienne, illustre la capacité du Maroc à tenir un engagement de long terme tout en continuant de défendre fermement, sur le terrain diplomatique, l'intégrité de son Sahara.

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