La Fédération djiboutienne de football (FDF) traverse une crise inédite. Accusations de favoritisme, soupçons de détournement de fonds et démission d'un haut cadre dénonçant l'utilisation des ressources de l'institution : son président, Souleiman Hassan Waberi, est de plus en plus contesté, alors qu'il se défend de toute irrégularité.

Un rapport confidentiel de juin 2024, dont l'AFP a obtenu copie, a été rédigé par l'Inspection générale de l'Etat (IGE), l'organe rattaché à la présidence djiboutienne chargé des audits publics. Portant sur la période 2019-2023, il pointe des 'lacunes significatives' dans la gestion financière de la fédération. Le document se penche notamment sur le nouveau siège de la FDF, financé à hauteur de 400.000 dollars par la fédération saoudienne de football : l'entreprise retenue à l'issue de l'appel d'offres n'était en réalité classée que seconde, et son offre était environ 17.000 euros plus chère que la mieux classée. L'IGE conclut à un cas de 'favoritisme' et relève que 'la majorité des prestations sont surfacturées'.

Les inspecteurs ont également critiqué les 'habitudes d'utilisation des transactions en espèces' de la fédération, estimant qu'elles peuvent 'créer des opportunités de fraude et de détournement de fonds'. Le président Waberi se défend en expliquant que 'certains bénéficiaires ne disposent pas d'un compte bancaire'. Il assure par ailleurs que la Fifa lui a 'officiellement confirmé qu'à ce jour, ses mécanismes de contrôle n'avaient relevé aucune indication d'acte répréhensible' concernant les fonds qu'elle a versés à la fédération.

La Fifa et la Confédération africaine de football (CAF) financent l'essentiel du budget de la FDF, avec plus d'un million de dollars versés chaque année à la petite fédération. Souleiman Hassan Waberi est lui-même vice-président de la CAF et membre du conseil de la Fifa, où il se présente comme un partisan affirmé de Gianni Infantino, dont le projet avorté d'ouverture du capital de la Fifa à des investisseurs privés a récemment agité le football mondial.

Sollicitées par l'AFP sur ces accusations de favoritisme et d'absence d'appel d'offres en bonne et due forme, les autorités djiboutiennes n'ont pas répondu. Le pays, dirigé depuis 1999 par Ismaël Omar Guelleh, occupe la 124e place sur 182 dans le classement de la perception de la corruption établi par Transparency International. Un dirigeant de club, sous couvert d'anonymat, déplore auprès de l'AFP que 'les ressources de la FDF ne soient pas utilisées pour le développement du football' et menace de boycotter la reprise du championnat en septembre si le président reste en poste, citant en comparaison les résultats du Cap-Vert au Mondial ou les infrastructures du Malawi et de la Mauritanie.

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