Lors de la veillée célébrant le Mawlid, organisée au Palais royal sous la présidence du Roi Mohammed VI, le ministre des Habous et des Affaires islamiques, Ahmed Taoufiq, a évoqué deux grandes figures de l'histoire religieuse et intellectuelle liées à Sebta : Cadi Ayyad et Abou al-Abbas al-Azafi. Ce rappel intervient alors que Madrid continue de rejeter toute revendication marocaine sur Sebta et Melilla, considérant la question territoriale comme définitivement close.
Cadi Ayyad naît à Sebta en 1083. Il y étudie, y bâtit une part essentielle de son œuvre et y exerce la fonction de cadi à partir de 1121, pendant plus de quinze ans, avant de devenir cadi à Grenade puis de finir sa vie au Maroc. Al-Azafi, savant et cadi de Sebta au 13e siècle, est quant à lui étroitement associé à l'histoire du Mawlid : il rédige un traité consacré à la célébration de la naissance du Prophète, que son fils complétera par la suite. Les travaux consacrés au culte prophétique au Maghreb font de Sebta l'un des grands foyers de développement de cette célébration.
En choisissant de convoquer ces deux figures lors d'une cérémonie dédiée au Mawlid, la référence dépasse le simple hommage patrimonial. Elle rappelle que Sebta fut, bien avant l'exercice de la souveraineté espagnole, un foyer majeur de savoir, de droit et de spiritualité, à l'intersection du Maghreb, de l'Andalousie, de la Méditerranée et de l'Atlantique — une histoire antérieure aux protectorats, aux frontières modernes et aux États-nations contemporains.
Cette évocation ne s'accompagne d'aucune revendication territoriale explicite. Elle mobilise une mémoire commune, celle des savants et de l'héritage religieux partagé entre les deux rives du détroit, plutôt qu'un discours frontal sur la souveraineté. Le patrimoine culturel officiel de Sebta évoque lui-même l'importance des Azafides et la place d'Al-Azafi dans l'histoire religieuse de la ville.
Face à un dossier que Madrid considère clos sur le plan politique, ce rappel historique déplace le débat sur un autre terrain : celui de la mémoire et de la continuité, plutôt que celui, plus conflictuel, de la carte et des frontières actuelles. La question de Sebta et Melilla, selon cette lecture, ne se limite ainsi pas à une photographie politique du présent.

Chargement des commentaires...