Les services de renseignement espagnols surveillent de près des acteurs politiques marocains installés à Sebta et Melilla, en raison de leur position favorable à la marocanité des deux villes occupées. Selon le quotidien marocain Assabah, dans son édition du jeudi 10 septembre, ces mesures de pression ont dans certains cas conduit jusqu'au retrait de la carte de séjour des personnes visées. L'affaire remet sur le devant de la scène un dossier sensible, celui du statut de ces deux enclaves nord-africaines et des liens historiques, politiques, économiques et sociaux qu'elles entretiennent avec le Maroc.
Plusieurs des acteurs concernés, cités par Assabah, dénoncent une « revanche politique » qui viserait spécifiquement les voix refusant l'occupation espagnole et revendiquant l'appartenance marocaine de Sebta et Melilla. Selon eux, ces mesures ne relèvent pas d'un simple contrôle administratif de routine, mais d'une volonté de faire taire une opinion politique précise au sein de la communauté marocaine des deux villes. Ce sentiment est renforcé par le caractère soudain et, selon les témoignages recueillis, injustifié des contrôles.
D'après les sources du quotidien, des Marocains détenteurs d'une carte de séjour depuis de nombreuses années - renouvelée sans incident jusque-là - ont été soumis à des contrôles inopinés par les autorités espagnoles. Ces vérifications se sont soldées, dans plusieurs cas, par le retrait pur et simple du document, alors que rien, selon les intéressés, ne laissait présager une telle décision. Cette rupture avec une pratique administrative jusque-là stable interroge sur les critères réellement appliqués par Madrid.
Un Marocain né à Melilla a ainsi raconté au quotidien détenir une carte de séjour qu'il renouvelait depuis des années, sans jamais avoir demandé la nationalité espagnole - alors même qu'il remplissait toutes les conditions administratives requises pour l'obtenir. Il explique ce choix par son attachement politique à la marocanité des deux villes, une conviction qu'il place au-dessus des avantages pratiques liés à un passeport espagnol. Il affirme avoir été récemment surpris par le retrait de sa carte de séjour, sans explication satisfaisante de la part des autorités. Pour lui, souligne-t-il, la question de la marocanité de Sebta et Melilla pèse plus lourd que n'importe quel document espagnol.
Sebta et Melilla sont deux villes du nord du Maroc, sur la côte méditerranéenne, administrées par l'Espagne depuis plusieurs siècles alors que Rabat en revendique la souveraineté au nom de l'intégrité territoriale du Royaume. Ce dossier, distinct de celui du Sahara marocain, reste l'un des points de friction récurrents entre Rabat et Madrid, ressurgissant régulièrement au gré des tensions migratoires, diplomatiques ou sécuritaires entre les deux pays. Les liens humains entre les deux enclaves et le territoire marocain environnant - familiaux, économiques, culturels - sont anciens et denses, ce qui explique la présence d'une importante communauté marocaine, parfois binationale, parfois non, au sein même de Sebta et Melilla.
Ces développements posent la question de la frontière entre mesures administratives ordinaires et décisions dictées par des considérations politiques, en particulier lorsqu'elles touchent des résidents dont les opinions s'opposent frontalement au narratif officiel espagnol sur le statut des deux villes. Le choix de plusieurs des personnes visées de ne pas demander la nationalité espagnole, par conviction, illustre la dimension identitaire et politique - et non simplement administrative - de leur situation. Un retrait de titre de séjour dans ce contexte prend une signification particulière : il touche des personnes qui avaient fait un choix délibéré de statut, précisément pour ne pas se voir accusées d'avoir renoncé à leur attachement au Maroc.
L'épisode survient à un moment où les relations entre Rabat et Madrid, longtemps marquées par des cycles de tension puis d'apaisement, restent scrutées de près des deux côtés du détroit. Si le dossier du Sahara marocain a connu une évolution notable ces dernières années dans la position espagnole, celui de Sebta et Melilla demeure un point sensible que Madrid n'aborde généralement qu'avec prudence, refusant toute discussion sur la souveraineté des deux villes. Des mesures perçues comme discriminatoires par une partie de la communauté marocaine sur place risquent, si elles se confirment et se multiplient, d'alimenter en retour les critiques marocaines sur le traitement réservé aux résidents d'origine marocaine dans les deux enclaves.
Cette affaire illustre la position parfois inconfortable des Marocains de Sebta et Melilla, pris entre un statut administratif espagnol et un attachement politique assumé au Maroc. Elle devrait continuer à alimenter le débat public marocain sur le sort des deux villes, dans un contexte où la question de leur marocanité reste, pour Rabat comme pour une partie de leurs habitants, une ligne rouge non négociable.

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