L'ambassadeur du Maroc auprès de l'Union européenne et de l'OTAN, Ahmed Reda Chami, a affirmé jeudi 17 septembre que la résolution adoptée le même jour par le Parlement européen sur les évènements survenus fin juillet à Sebta « ne comporte aucune incrimination ou injonction à l'endroit du Maroc et ne retient aucune des tentatives d'instrumentalisation de la question migratoire », selon une déclaration rapportée par l'agence Maghreb Arabe Presse (MAP).
Le texte a été adopté par 339 voix pour, 225 contre et seize abstentions, un total de suffrages favorables qui reste inférieur à la moitié des sièges de l'hémicycle européen. Il porte spécifiquement sur les incidents survenus fin juillet à Sebta, l'enclave espagnole située sur la côte méditerranéenne du royaume, et a été soumis au vote des eurodéputés au terme d'un examen que le diplomate marocain présente comme largement expurgé de ses passages les plus sévères.
Selon M. Chami, « de nombreux amendements à caractère hostile n'ont finalement pas été retenus, grâce à l'approche responsable, constructive et sereine de la majorité des eurodéputés, notamment ceux des principales formations politiques du Parlement européen ». Cette lecture écarte l'idée d'une condamnation européenne de la gestion marocaine des flux migratoires dans le détroit, à rebours de certaines interprétations diffusées après le vote.
L'ambassadeur a par ailleurs déploré que « des campagnes de communication et de propagande tentent d'attribuer au texte des dispositions ou des prises de position qu'il ne contient pas », sans nommer les auteurs de ces campagnes ni préciser les publications visées. Il rappelle au passage la portée réelle d'une résolution parlementaire : un instrument dépourvu d'effet contraignant sur les États tiers comme sur les services de la Commission européenne.
Le dossier de Sebta s'inscrit dans une relation migratoire et diplomatique entre Rabat et Madrid marquée par plusieurs séquences de tension ces dernières années, la plus marquante restant la crise de mai 2021, lorsque plusieurs milliers de personnes avaient franchi la frontière en quelques heures dans un contexte de vive brouille bilatérale. Cet épisode avait précédé un réchauffement diplomatique amorcé en mars 2022, articulé notamment autour du plan d'autonomie marocain pour le Sahara. Les incidents de fin juillet dernier à Sebta relancent la question sensible du contrôle des franchissements dans cette enclave, sans que le texte source ne détaille leur nature exacte.
Sur le fond, M. Chami a jugé que la conduite du dossier migratoire exige « un dialogue constant et la recherche de solutions communes et durables », une formule qui renvoie à la coopération engagée avec Madrid et avec les Vingt-Sept en matière de contrôle des frontières, de lutte contre les réseaux de passeurs et de réadmission. Il a insisté sur le fait qu'« un dialogue ouvert, franc et serein demeure la voie à privilégier pour relever les défis communs », plaidoyer adressé aux institutions européennes au lendemain d'un vote qui a nettement divisé l'hémicycle.
Le score du scrutin — un texte adopté mais avec moins de la moitié des sièges du Parlement européen effectivement favorables — illustre la difficulté de Bruxelles à dégager une position consensuelle sur les questions migratoires touchant ses voisins du sud. Pour le Maroc, chaque résolution de ce type constitue un test de la solidité du partenariat noué avec l'UE sur la gestion des frontières, un dossier qui reste distinct des négociations commerciales en cours mais qui pèse directement sur le climat politique de la relation bilatérale et multilatérale.
En poste à Bruxelles depuis 2019, Ahmed Reda Chami, ancien ministre de l'industrie, du commerce et des nouvelles technologies, conduit la représentation du royaume auprès de l'Union européenne et de l'OTAN à un moment où les volets commercial, sécuritaire et migratoire du partenariat font l'objet de discussions distinctes. Sa déclaration de jeudi vise avant tout à fixer, sans ambiguïté, la lecture officielle marocaine d'un texte dont la portée a fait débat dès son adoption.

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