L'hebdomadaire britannique The Economist a publié samedi 8 août un article sur le Maroc qui multiplie les erreurs factuelles, alors même que le journal revendique une «révérence pour les faits». Le texte situe la cérémonie d'allégeance du 30 juillet au palais royal de M'diq, alors qu'elle s'est tenue le 31 juillet au palais royal de Tétouan — M'diq n'ayant accueilli, la veille, qu'une réception royale sur la place de sa préfecture. Cette confusion de lieu et de date sert pourtant de point de départ à tout l'article, qui présente la ruée vers Ceuta comme la conséquence directe d'un rituel tenu ailleurs, la veille des événements.
Pour expliquer l'afflux à Ceuta, The Economist affirme que les agents frontaliers avaient été redéployés pour garder les festivités royales. La presse espagnole a pourtant identifié un déclencheur bien différent : une rumeur virale, diffusée sur TikTok, Facebook et WhatsApp, assurait que «la porte de Ceuta est ouverte» et promettait une régularisation rapide aux personnes arrivées à la nage, en déformant un arrêt du Tribunal suprême espagnol du 8 juillet sur les refoulements en mer. L'hebdomadaire décrit aussi des responsables sécuritaires «trop occupés à s'incliner et à baiser des mains pour répondre à leur téléphone», une scène sans aucun témoignage à l'appui, et avance un bilan de «plus de 140 migrants écrasés» sans préciser de méthode de décompte commune aux deux rives.
Le prince héritier Moulay El Hassan est présenté comme «plus discipliné et plus sévère» que son père, une psychologie de palais qu'aucun fait précis ne vient étayer. The Economist le qualifie aussi de «coordinateur des forces armées» ; son titre exact, coordinateur des bureaux et services de l'état-major général des Forces armées royales, désigne une fonction plus circonscrite. Le commandement des FAR reste exercé par le roi Mohammed VI, chef suprême et chef d'état-major général, ce que l'article omet de préciser.
Le récit politique du journal est tout aussi approximatif. Il présente la nomination d'un premier ministre islamiste en 2011 comme un geste d'apaisement du Printemps arabe, en passant sous silence la victoire électorale du Parti de la justice et du développement, arrivé en tête avec 107 sièges sur 395 — un résultat qui obligeait constitutionnellement le roi à désigner Abdelilah Benkirane. En 2017, ce n'est pas un «oligarque» qui a directement remplacé le chef du gouvernement : Benkirane a cédé la place à un autre dirigeant du PJD, Saad Dine El Otmani, qui a conduit le parti islamiste jusqu'en 2021. Le Rassemblement national des indépendants d'Aziz Akhannouch n'a accédé au pouvoir qu'après avoir remporté les élections de 2021 avec 102 sièges, contre treize pour le PJD, usé par dix ans d'exercice du pouvoir.
L'article affirme enfin que des critiques du pouvoir ont été emprisonnés sur la base d'«accusations sexuelles montées de toutes pièces», une formule qui transforme en certitude ce qui reste, dans les deux dossiers cités, des témoignages directs et contestés devant la justice. Dans l'affaire Omar Radi, une ancienne collègue du journaliste avait affirmé avoir été violée et avait maintenu ce témoignage à huis clos ; M. Radi a reconnu la relation sexuelle mais l'a qualifiée de consentie. Dans l'affaire Soulaiman Raissouni, le plaignant a réitéré devant la cour son récit d'agression, que le prévenu a nié. Critiquer l'équité d'un procès et affirmer que l'accusation a été fabriquée sont deux propositions distinctes, que l'hebdomadaire confond.
Le journal se trompe aussi sur la chronologie de l'autoroute Tiznit-Dakhla : il présente le baptême «Donald J. Trump Highway» comme une conséquence de la ruée de Ceuta, survenue le 30 juillet. Or Mohammed VI avait officialisé sa décision par une lettre à Donald Trump datée du 2 juillet, rendue publique par le président américain le 26 juillet — quatre jours avant les événements de Ceuta. Une chronologie inversée de plus, dans un article qui, sur le Maroc, s'écarte à plusieurs reprises des faits qu'il prétend défendre.

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