Ses titres, son style de jeu et son sourire doivent plaider pour lui. Dans un entretien accordé à L'Equipe ce mercredi, Lamine Yamal, 19 ans, a listé les qualités qui pourraient lui offrir son premier Ballon d'or, décerné le 26 octobre prochain à Londres. Le sacre de l'Espagne en Coupe du monde l'été dernier y apparaît comme l'argument le plus solide de sa candidature.

La Roja s'était imposée en finale face à l'Argentine (1-0 après prolongation), au terme d'un parcours marqué par l'élimination de l'autre grand favori du tournoi, la France, en demi-finale (2-0). C'est sur cette rencontre que Lamine Yamal s'est le plus longuement attardé, louant la manière dont son équipe avait fait plier les Bleus, selon lui, avec une intensité de tous les instants.

"C'était un match particulier", se souvient l'attaquant du FC Barcelone. "On est deux grandes sélections, mais ça a penché en notre faveur. On a fait un match incroyable, on a joué comme on voulait jouer. C'est un match qu'on a très bien joué, on a dominé et on a su imposer notre jeu." Une formule qu'il reprend à plusieurs reprises, comme la clé de voûte de l'analyse qu'il livre de cette demi-finale.

Selon lui, la clé du succès espagnol a résidé précisément dans cette capacité à dérouler son plan de jeu face à un adversaire redoutable en contre. "Dans les matchs contre la France, il y a deux options: soit c'est un match ouvert, avec des contre-attaques, et dans ce cas-là, la France finit sûrement par te tuer parce qu'elle a de grands joueurs devant, soit tu gardes le ballon et tu domines", analyse Lamine Yamal. "Le match s'est bien engagé pour nous avec le 1-0, on a commencé à avoir le ballon et, avec autant de joueurs de grande qualité, quand tu as le ballon, ça finit par créer un très gros écart."

Ce 1-0 évoqué par le jeune attaquant renvoie à un épisode précis du match : un penalty obtenu après une faute de Lucas Digne sur Lamine Yamal, sifflée à la 22e minute. Mikel Oyarzabal l'avait transformé, permettant à l'Espagne de prendre l'avantage avant de progressivement prendre la mainmise sur la rencontre, ne laissant plus que des miettes offensives aux Bleus jusqu'au coup de sifflet final.

Pour Didier Deschamps, alors sélectionneur de l'équipe de France, comme pour Kylian Mbappé, capitaine des Bleus ce soir-là, ce penalty a longtemps été présenté comme le véritable tournant de la rencontre. Une lecture que Lamine Yamal nuance, sans pour autant la balayer entièrement. "C'est une action de jeu qu'on a gagnée", souligne-t-il. "Dans ce cas précis, c'est moi qui obtiens le penalty, mais je pense qu'à 1-0, mille choses pouvaient encore se passer. Ce qui compte, c'est qu'on a très bien joué le match du début à la fin."

Cette manière de relativiser le poids d'une seule action, au profit d'une performance collective jugée aboutie sur l'ensemble de la rencontre, rejoint en creux les propos tenus la semaine dernière par Kylian Mbappé lui-même, également engagé dans la course au Ballon d'or. L'attaquant du Real Madrid avait reconnu que son équipe n'avait pas abordé ce choc de la meilleure des manières. "Ils ont gagné, et au football, quand on gagne, on a raison", avait-il concédé.

"Je pense que nous avons échoué dans notre plan de jeu initial, et face à une équipe qui aime conserver le ballon, être mené au score est toujours plus difficile", avait ajouté Mbappé. "Ce n'était pas un bon jour, et la Coupe du monde est différente de la Ligue des champions: il n'y a pas de matchs aller-retour." Une remarque qui souligne l'exigence particulière d'un tournoi à élimination directe, où une seule contre-performance suffit à sceller l'issue d'une compétition entière.

Cet échange à distance entre les deux joueurs, à un mois de la cérémonie du Ballon d'or, illustre la manière dont le sacre mondial de l'Espagne continue de peser dans les débats autour du trophée individuel. Pour Lamine Yamal, revenir sur cette demi-finale n'est pas seulement un exercice de mémoire : c'est aussi une façon d'ancrer sa candidature dans un succès collectif dont il fut l'un des artisans les plus décisifs, du premier ballon touché jusqu'au coup de sifflet final à Londres le 26 octobre.

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